Meurtres pour rédemption – Karine Giebel

giebelJe ne sais pas combien de pages. Beaucoup. Lues en 48 heures. Dont une nuit.

Ça fait une éternité qu’un livre ne m’a pas tenue en haleine. C’est même pas un polar, pourtant. Y’a même pas d’intrigue de folie. Y’a juste que tu colles aux basques de l’héroïne et que t’as pas envie de la lâcher d’un souffle.

J’ai regardé Midnight express vers mes 12 ans. Un peu trop jeune, pourrait-on croire, mais non. La violence du film m’avait moins traumatisée que Robocop, vu au même âge. En revanche, je me souviens. De l’intensité du film, des émotions dans le bide, de la gerbe, de la fascination horrifiée face à la découverte de la vie carcérale. Ce sont les mêmes teintes dans ce livre.

J’ai aussi beaucoup retrouvé la colère de Lee, fil conducteur de « J’irai cracher sur vos tombes ».

En revanche, c’est la première fois qu’un personnage me laisse une si forte impression. Peut être parce que Marianne ne ressemble à aucune autre héroïne. Peut être parce que l’histoire décrit une femme qui se débat dans son humanité, et que ça, ça tape dans ce qui me prend le plus au bide.

Costaud. Puissant. Noir, certes, mais.. je ne sais pas. Je n’ai pas cauchemardé, ça ne m’a pas hanté, comme des Grangé ont pu le faire. Je crois que c’est parce que je soupçonne Grangé de prendre plaisir aux horreurs, aux descriptions ignobles, au gore qu’il met dans ses romans. Je ne lis pas pour jouer à me faire peur, je n’ai jamais aimé les films d’horreur. Ici ce n’est pas gore. C’est violent, sans complaisance. (Et puis personne ne crame)

Ou alors peut être qu’en vieillissant, tu intègres que la noirceur, elle existe, même à dose infinitésimale, dans toute chose. Comme la lumière.

 

A moitié.

Ce jour là, il a dit : ta femme est une guerrière.

J’ai souri. L’image me plait, et me surprend à la fois. A peu près autant que lorsqu’on me qualifie de douce. Je n’ai pas l’impression d’être une guerrière. J’ai déposé les armes il y a longtemps. Je n’avais de toute façon pas beaucoup d’ennemis à affronter. Ma vie est tout sauf un combat.

Je me suis dit que peut être il parlait d’engagement, de force plutôt que d’agressivité ou de lutte. Tu sais, le fameux »toi, tu ne fais pas les choses à moitié ».

Mais en fait si.

Il y a des tas et des tas de choses que je fais à moitié, que j’effleure, que je survole, que j’abandonne. Sans gravité aucune.

Les amitiés. Celles qui attendent plus que je ne peux donner, celles qui exigent, celles qui agressent, celles qui oublient que l’amitié c’est accepter dans la différence, qu’on peut être en désaccord sans être en conflit, et montrent des masques. Je n’ai ni indulgence, ni états d’âme avec les amitiés en passe de devenir poison. Alors beaucoup restent ou deviennent légères et superficielles. Quelques unes sont enracinées, celles qui sont là malgré le temps qui passent, les gosses et les coups de fil que je ne passe pas. Aucune n’est poison ni entrave, aucune ne tire vers le bas. Et c’est bien ainsi. L’amour je sais faire, l’amitié vachement moins.

L’écriture. De lettres, de billets, de poèmes. Des pensées inachevées, inabouties.

Sortir les poubelles.

La joie, la tristesse, la déception, l’agacement. Fugaces, jamais purs, toujours mélangés à d’autres sentiments. La colère et la peur, oui, elles peuvent encore me submerger, me terrasser. Avec le temps, je perds peu à peu le goût et l’odeur du mépris, il ne me sert à rien. Mais les quatres premières, là, ont fait place à autre chose. De plus profond et de plus serein.

Faire des phrases.

Boire. Et séduire. Pour la même raison : tâcher de ne pas atteindre le point de non retour et garder le contrôle. Et puis, séduire (et je parle au sens large) implique également de porter des masques. Et ça en revanche, je ne sais plus trop faire.

M’occuper des autres. Je veux dire ceux qui sortent de ma cellule familiale.

Bosser.

Tout ce qui demande de l’adresse manuelle. Je déteste tout ce qui est minutieux. Je préfère le brut, dans le mouvement, dans la bouffe, dans la danse, dans l’écriture, dans la musique. Le brut, l’essence. Le juste dégrossi, le juste raboté, le rauque, le sauvage à peine dompté. Alors si ça demande à être minutieux… c’est à moitié fait. L’ennui me rattrape et m’emmène loin de l’ouvrage.

Regarder la télé.

Me baigner en Bretagne. Mon bas de maillot a beaucoup plus connu la mer que le haut.

Du sport.

Curieusement, je ne liste pas les centaines de centres d’intérêt (lubies?) que j’ai selon l’humeur de la saison. Parce qu’en général, au contraire, ceux là rentrent dans la catégorie de ce que je ne fais pas à moitié.

Juste, je ne le fais pas longtemps.

Enlace.

Le flamenco peut tout raconter. Subtil, violent, surprenant, il t’attrape, te bouscule. Le flamenco n’est pas une danse, ni une musique, c’est une émotion.

Et dans le flamenco, il y a un temps que j’affectionne particulièrement. Ce temps « juste avant », la respiration, la seconde qui précède le tonnerre, ce « juste avant » qui fait monter le suspens, la tension, le désir, ou qui étouffe, amène un chuchotement, une surprise. Le temps où tout est encore possible, le temps où on ne sait pas ce qui va suivre, suspendu au pas du danseur. Le temps de l’inspiration. Ce qui est incroyable, c’est que ce temps est en fait un silence. Juste avant le temps fort. Une absence. Un creux. Un pic.

Le temps du coup de pied, celui qui fait voler la jupe ou prépare la frappe du talon, du plat, de la pointe. Comme on veut. Comme l’histoire le demande.

Ce temps, il s’appelle l’ « enlace ».

J’aime ce temps. J’aime les juste avant. Rien que pour retenir tous les possibles encore un peu. Chaque choix est une perte, chaque décision porte le poids cet autre chemin qui ne sera jamais. L’enlace, c’est le temps de tous ceux qui ne savent, ne veulent jamais choisir. C’est le temps des désirs. Juste avant le baiser, juste avant l’orgasme, juste avant la bataille, juste avant la mort.

Avec le temps, j’apprends à accepter de ne vivre qu’une vie, je crois.

Ou pas.

Le sachet de thé.

Je suis arrivée trop tôt. J’ai patienté dans la voiture, noircissant les pages d’un bloc notes avec les idées qui me passaient par la tête. Des idées, j’en ai tout le temps. Je ne les matérialise que rarement. Y’a un gros boulot de tri, que je n’ai pas tout le temps envie de faire. Mais je les aime, mes idées. Elles vont, viennent, en fond, elles ne me dérangent jamais. Je les laisse vivre. Des fois j’en parle, mais je vois bien que je saoule avec. Parce que y’en a trop, en bordel, elles font un espèce de grand nuage. Pis parce qu’elles sont qu’à moi. Elles n’ont pas toujours envie de se rendre visibles aux autres. Pas grave.

C’est l’heure. Enfin presque l’heure. 5 minutes avant. Pas trop tôt, pas trop tard, j’aime bien quand c’est le bon moment, la bonne synchronicité, quand chaque chose que tu fais commence quand elle doit commencer et finit quand elle doit finir. Ca se sent ce genre de choses, je trouve.

J’entre dans le gymnase. Le silence me saute à la tronche. L’ambiance est incroyable. Toutes les personnes présentes sont tellement concentrées, elles concentrent l’air autour d’elles. C’est extraordinairement calme, ça ne résonne pas. Parce que bon les gymnases, ça résonne, habituellement. Ca résonne les rebonds de ballon, les coups de sifflet et les coachs qui gueulent, le brouhaha des enfants, ça pue la sueur, et y’a toujours un courant d’air qui te glace le cul et un parent chiant qui tient absolument à te causer.

Là, chacun fait ce qu’il a à faire. En silence. C’est presque un ballet, minuté. Je n’ai jamais ressenti cela dans un endroit fermé avec tant de monde.

Et puis, je te vois. Posé, comme tu n’es jamais. Précis, comme tu n’es jamais. D’habitude, tu pars dans tous les sens, dans le brouillard de tes idées, tu te diffuses, tu infuses, comme un sachet de thé dans la tasse. Je sais que toi aussi tu en as plein la tête, des idées, tout le temps. Mais là, tu n’es que là, dans l’instant, au bout de ta flèche. Focus.

La séance est finie, et je réalise à quel point cette discipline te va bien. Elle est pleine d’étapes bien définies, de rituels, presque. Tu poses ton arc. Tu attends le signal. Tu vas récupérer tes flèches. Tu enlèves ta protection. Tu ranges, les flèches, le carquois, la dragonne. Tu fais la queue pour utiliser le bout de salle où on démonte l’arc, et où on le range soigneusement pour la prochaine fois. C’est la première fois que je te vois soigneux. Je suis bluffée.

Et c’est seulement là que tu t’aperçois de ma présence. Tu me souris. Tu finis ce que tu fais, tu me rejoins.

Mamaaaaaaaan !!!! Tu me montres un haka, tu ne sais plus où tu as mis ton cartable, tu enfiles juste une manche de manteau, à l’envers, et tu sautilles partout quand on part.

Le sachet de thé, quoi.

Capture

La vie est une sinusoïde. Pour tout, tout le temps. Le bonheur, la tristesse, les envies, la chance. Et même pour l’action elle-même : des moments le nez dans le guidon, jusqu’à écoeurement ou épuisement, suivis de moments de contemplation, de réflexion, de plénitude. J’aimerais bien mixer les deux, mais je n’y arrive pas. Dans mes interactions avec mes semblables, c’est un peu pareil. J’éprouve une réelle fascination, et un réel plaisir à observer les Autres vivre et interagir, tout cela teinté d’un réconfort attendri quand ce sont mes proches, mais cela me sort du jeu. Pourtant j’aime aussi être en train de vivre, de rire, de danser, de profiter de ma relation à l’autre, mais quand je le fais, je ne suis plus aussi attentive. Ça m’énerve un peu, j’aimerais vraiment pouvoir en même temps vivre le moment et l’observer, actrice et témoin en simultané. Mais il semble que l’un soit excluant de l’autre et que nous soyons condamnés à faire la balançoire entre les deux… en traînant un peu plus d’un bord ou de l’autre selon affinités.

La photographie est un bon indicateur. Les soirées où je ris beaucoup, où je m’amuse, les moments les plus intenses de ma vie, je ne prends pas une seule photo.

Parce que la photographie, c’est l’observation par excellence. Le fait de capter un moment et de le rendre exactement comme il était, au plus près de la vérité, de son essence, de son intention. Ou au plus esthétique, selon tes capacités techniques de photographe et ton envie.

Je manque de technique, moi. Mais pas lui.

Il s’appelle Tanguy. Ou plutôt Fabien. Mais comme il s’appelle Tanguy Fabien, Fabien Tanguy, ça se mélange et je ne sais jamais distinguer le prénom du nom. Je suis sûre c’est fait exprès, pour brouiller les pistes. En même temps Fabien ça serait bizarre comme nom de famille. Mais je me trompe quand même.

Il est discret. Les discrets, ce sont des bons. Les photographes que tu ne flaires pas à 100 km, ceux que tu ne vois pas te viser. Il est l’ombre que tu n’as pas vue mais qui a capté tout ce qu’il fallait capter. Hop dans la boîte.

Il est d’ici. Pas parce que son nom. Parce que ses photos. Parce que sa tronche, sa gueule de finistérien. Une tronche à la Miossec, une tronche de marin, de mineur. Des yeux, le perçant des yeux avec du visage buriné tout autour. Bon, je me projette, je transpose. En vrai, je le connais pas tant que ça Fabien. Ou Tanguy. Mais je crois que je le sais. Attends, je vais te montrer, ça sera plus simple, tu vas voir de suite de quoi je cause.

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Tu la vois là, l’intensité de l’observateur? C’est parce que c’est le bout du monde. Alors on scrute, on fait le guet, on ne sait jamais ce qui peut arriver de l’autre côté de la mer. (Et oui, je m’ajoute, en photo volée à côté de belles photos posées, j’ai le droit, je projette, je te dis.)

Et du coup, ses photos … ses photos, c’est même pas qu’elles résonnent. Je ne sais pas comment te dire, si t’es pas d’ici tu peux pas comprendre une telle évidence. On appartient à cette terre, à cette ville, on la tisse, on en est l’essence, et elle est l’essence de nous. Et du coup, on se reconnaît, entre nous. Fabien, tu lis dans ses photos qu’il est d’ici. Parce que ses photos c’est ici, c’est lui, c’est moi, c’est Brest, c’est ce magma, il l’attrape avec son oeil qui perce, il en fait de la magie avec ses photos, et il te ressort… toi. Parce que tout ça c’est rien que des fibres de la même étoffe.

Tu devines des fantômes, sur ses clichés, des fois? Eh bin, il les a capturés avec des canettes de coca. Véridique. On sait tout faire, au bout du monde.

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Tu veux en savoir plus? C’est normal. Tu peux aller là : Facebook, ou là : Flickr! (parce qu’il ne fait pas que des clichés de Brest et du Finistère, en terme de créativité, il bouillonne, le monsieur).

Genre, sexualité, et questionnements divers.

Je nage. Dans l’eau de Javel de la piscine. Quand je nage, des fois,je m’emmerde. Moins que quand je cours, certes, mais quand même, je m’emmerde. Alors je regarde. La ligne bleue dans le fond, le temps dehors, la buée sur les fenêtres, les gens. Les corps des nageurs sont comme l’eau dans laquelle ils glissent : lisses, aseptisés, froids. Je peux trouver fascinant la grâce d’un mouvement de papillon, mais c’est le mouvement lui même qui fait la beauté, les corps nus ou presque me laissent de marbre. Ils sont asexués : les cheveux cachés dans le bonnet, les épaules et la mâchoire carrées, la peau pâle, le poil absent. Inhabités, robotisés. Je le suis probablement moi-même aussi?

(Non, remarquez, moi je suis repérée, étant désormais « la fille au tatouage qui écoute de la musique quand elle nage»… suffisamment ostensible (voire ostentatoire) pour qu’on ose m’interpeller sur l’un ou l’autre des sujets. Je ne sais pas dire si ça me plaît ou si ça me gonfle. Un peu des deux mélangés probablement.)

Il y a malgré tout un moment où je distingue homme et femme. Quand je fais la course. (Entendons nous bien, je ne fais pas réellement la course. Juste, j’aime bien ne pas me faire rattraper par un mec dans ma ligne d’eau, et accélérer pour faire en sorte de rester devant.) (Oui, oui, une sorte de « qui pisse le plus loin » implicite.) (Mais promis je ne le fais pas avant de démarrer au feu rouge.) (De toute façon, jamais mes voitures ne me l’ont permis). Et je dois avouer que je n’ai pas le même plaisir à tenir la distance quand c’est une femme, comme si le mérite était moindre, ou comme si la lutte n’avait pas lieu d’être.

J’arrive à la moitié de ma vie, et je n’ai pas souvenir d’avoir désiré de femme. C’est peut être simplement une question de personne. Peut être. Assez peu de personnes ont été objets de désir dans ma vie, il est vrai. Mais quand même, je n’ai même jamais été vaguement troublée, excitée (ce qui est tout de même nettement plus courant) par une femme. J’ai bien roulé deux – trois pelles à droite à gauche, comme tout le monde. Je peux trouver une femme belle, mais je ne suis jamais attirée au point d’avoir envie d’y poser de la peau, des mains, des lèvres, de la posséder, d’en être possédée. Je trouve les corps de femmes trop mous, trop tièdes. Surtout trop moelleux. Aucune gravité dans cette absence de désir, mais je dois avouer que cela me laisse intriguée, perplexe, vaguement irritée. D’une part parce que le côté (malheureusement toujours) transgressif de la chose me plaît bien, et d’autre part, parce que j’ai l’impression d’être en général plutôt indépendante des cadres normatifs sociétaux, qu’ils touchent à la sexualité, ou au genre. Il faut croire que pas totalement.

Je suis attirée par la force, par le contrôle, par le charisme. Je n’imagine pas un partenaire plus petit, plus faible (physiquement, et pas que, en fait), je ne sais pas si c’est pour pouvoir me confronter ou pour pouvoir être contenue… je penche pour la première option. Alors ouais, on pourrait dire que certaines femmes sont grandes, fortes mais… c’est pas pareil. (‘Tain on va pas ramener ça  à une histoire de queue, quand même, pffff. Freud, tu sors).

Même au-delà du désir, de l’excitation, j’ai souvent préféré la compagnie des hommes. Je trouve plus facilement réconfort, nourriture et résonance dans une fraternité qu’une sororité. Ceci dit, je dois dire que c’est de moins en moins vrai, je suis assez contente d’avancer en âge parce que justement, je rencontre de plus en plus de femmes, et de moins en moins de filles (voire de fifilles), la nuance étant justement je crois cette distance prise par rapport aux stéréotypes. (Il y a peut être un délai normal pour s’en libérer ?) Mais… j’ai besoin d’hommes dans ma vie. Ce n’est peut être pas un hasard si j’ai deux fils. Mon meilleur ami est un homme, bon alors je vais bientôt l’épouser, ça fausse un peu la donne. En ce moment, je manque d’amitiés masculines, c’est un fait. (la faute à la danse, aussi, ça déséquilibre!)

Certains se revendiquent sans genre aujourd’hui, voire sans sexe, ne ressentant d’appartenance ni  à l’un ni à l’autre. Moi j’ai plutôt l’impression d’être puissamment les deux, d’avoir très fortement les caractéristiques généralement attribuées à l’un ou à l’autre. Paradoxalement, je n’ai jamais remis en cause ma féminité, elle a toujours été évidente, facile, pleine. Alors peut être que ce que je vois comme « être les deux », c’est simplement l’évocation d’une féminité bien plus profonde, ancrée et puissante que l’ersatz faible, frivole et léger que le mot et les représentations sociales recouvrent aujourd’hui.

Solenn7ansIl y a une photo de moi petite, à la plage, assise sur un rocher, que j’aime beaucoup. J’ai 7 ans, les cheveux courts, le teint doré (‘peux pas plus, de toute façon,  en matière de bronzage), un slip de bain, et une chemise de mon beau -père qu’on m’avait passée parce que bon, quand même, des fois dans le Finistère, y’a un peu de vent. J’ai les genoux dans les bras, je souris, je me marre même, je crois. Je me souviens très bien de ce que j’éprouvais au moment où elle a été prise. Puissance, liberté, joie, connexion. Du sable collé partout, le cul sur la pierre, la mer dans les yeux, et le vent dans les cheveux. A cette époque on me prenait souvent pour un petit garçon. Ca me faisait chier. Parce que je suis une fille. Et honnêtement, je ne trouve pas que je ressemble à un petit garçon sur cette photo.

Quand je me regarde dans le miroir aujourd’hui, c’est cette petite fille que je vois.

Tout ça ne dit pas grand-chose. A part que je n’ai probablement pas tout démêlé, et que je ne démêlerai peut être rien. Et que pour une fois, je m’en fous un peu, du démêlage.

J’ai fini d’écrire cet article il y’a quelques jours et je ne l’ai pas posté immédiatement, parce que j’avais envie de retrouver la photo en question (mais je pense que j’ai un peu de spéléologie à faire). Et hier, une de mes élèves de mon cours de danse a annoncé qu’en fait elle était un homme, perdu dans un corps de femme dans lequel il n’avait rien à faire et qu’il allait devenir, entre beaucoup d’autres choses, notre (enfin) premier élève garçon. Ca m’a émue, même pas surprise, enfin, je ne crois pas, et je me suis que c’était quand même un truc de dingue ces histoires de genre, et que je n’avais pas fini de pas tout comprendre.

Et je me suis dit aussi que des fois y’a des putain de résonances quand même, que tu te demandes par où elles sont passées pour que tu les captes comme ça…

Ovomaltine, c’est de la dynamique!

(D’ailleurs, pourquoi dynamique et pas dynamite, hein?)

Il y a deux ans, j’ai accepté un poste. Un poste avec pas mal d’heures et des horaires, pas catastrophiques, mais enfin, un peu matinaux… pour moi, et pour les enfants.

Ce job à temps plein voire plus, combiné à 3 enfants, et aux cours de danse que je donne, m’ont amenée rapidement à devoir poser des jours de congés (bon avantage, là par contre, j’en ai une tripotée) pour pouvoir… dormir.

Bon, et à ce moment là, et quand le seul but de tes week ends devient : te reposer pour tenir la semaine suivante en entier, tu te dis qu’il y a un truc qui déconne. Pis quand ton corps se met à se déglinguer, ton estomac à faire mal, tes nuits à être blanches…

Il fallait lâcher quelquechose. Ou devenir wonder woman.

J’étais plutôt partie sur la première option, mais je ne sais pas par quelle opération du saint esprit, je me suis retrouvée un an plus tard en ayant rien lâché du tout. En ayant créé une autre asso, au passage.

Mais que s’est il passé ?

Attention, truc de fou, astuce miracle.

JE FAIS DU SPORT

Oui, alors, je sais, on le sait, mon truc de fou est tout nul et pas du tout un scoop. Depuis le primaire, le ministère de la santé nous bassine avec ça. On le sait que bouffer sain et faire du sport c’est la clé de tout. Mais je pensais réellement ne pas avoir tant que ça de marge de manœuvre, que les deux cours de danse que je file par semaine et un peu de yoga, c’était du sport. Je pensais réellement que je bouffais pas si mal.

Bon niveau nutrition, j’ai pas changé grand-chose. Je mange toujours une dose quotidienne non négligeable de chocolat, de nutella et de fromage. En revanche, j’ai arrêté de picoler en semaine (ahem, oui mais je vis avec un chti, aussi), et j’ai essayé de bannir un max les sucres raffinés pour les remplacer par du pain complet, des graines diverses de bouffeurs de graines, du riz et des pâtes complètes ou semi complètes…

grainesMais niveau bougeage de derrière, c’est plus la même. Et vraiment, vraiment, j’approche la quarantaine, mais je me souviens pas avoir eu autant d’énergie depuis… pfiouuu, depuis que j’ai expulsé mon premier rejeton de mon utérus, je crois. Au bas mot. C’est vrai, ça marche.

Pis bon, conséquence collatérale qui n’était pas le but mais est au final fort agréable, je me récupère doucement le corps de bombasse de mes 20 piges. Je suis du genre normale (40-42) de loin, un chouilla grassouillette de près. (A 30 ans, ne voulant plus être grassouillette, j’ai fait Dukan. Premier et dernier régime de ma vie.)

Au plus bas de mon poids adulte, je pesais 53-54 kilos, ce qui est pas non plus maigrichon pour 1m60, mais en me regardant dans le miroir, je voyais quelqu’un qui n’était pas moi, je me sentais légère, fragile, transparente (plate !). Là je récupère un corps correct-bien, et surtout de la force. Et ça c’est important, j’ai besoin d’avoir confiance dans mon corps, j’ai besoin qu’il soit capable. Je découvre avec stupeur, moi qui avais en horreur de suer une goutte (appelez moi madame en sous-régime, le dépassement de soi dans l’effort : AH AH AH), bref je découvre que je kiffe lever des poids (des petits, pois). Un p’tit peu l’impression d’être Super Jaimie, je te cache pas.

Alors, pourquoi je te raconte tout ça, je sais pas.

DE LA TETOLOGIE

Parce qu’en fait, comme dirait feu Terry Pratchett, tout ça c’est de la têtologie. Et de la têtologie, je peux pas l’avoir pour toi.

De la têtologie – déclic, au début, où tu te dis, bon allez, je m’enlève les doigts, c’est maintenant, ça peut plus durer. On dira une question de motivation de départ.

Mais la motivation, on sait ce que c’est. Un lendemain de nuit de gastro/vomito infantile, un petit matin de Novembre, quand il est 6h45, que ton réveil sonne, et qu’il va faire nuit encore 2 bonnes heures, une soirée de Janvier, de celle où tu te dis qu’il va bien te falloir un mois entier pour te remettre de ce premier de l’an… tous ces moments où l’idée de faire autre chose que te rouler en boule sous une couette te parait l’enfer sur terre. Enfin tu vois, quoi.

La deuxième clé, c’est de la têtologie – bon sens. Quand tu fais du sport, t’es bien, quand tu fais pas de sport, t’es molle et sans énergie, eh bin je te le donne en mille, faut faire du sport tout le temps. Heeeee ouais. Nan, mais, ça parait concon, mais faut l’intégrer cette donnée.

Elle implique deux choses : il faut que le sport que tu fais, il te PLAISE. Et il faut que ce que tu fais, tu l’intègres dans ta vie. Que ça devienne une habitude.

Et je t’assure que si tu fais ça, et ce que je vais écrire, je n’y crois pas moi-même, je te l’avoue, (mais ça y est, j’en suis), ensuite tu as du mal à passer une semaine sans bouger. Tu as besoin de ce moment. (Je t’assure pour moi c’est une découverte, comme quoi, il n’est jamais trop tard.)

TU FAIS QUOI ?

J’ai commencé par caser deux séances de 30 min de piscine par semaine, le midi. Le midi c’est indolore, je prends pas de temps à mon couple, ni à mon taf, ni à mes potes, ni à mes enfants. En plus, j’ai toujours adoré nager. Courir, faire du vélo, c’est juste la corvée du siècle, mais nager… t’as même pas l’impression de faire du sport.

nikeAprès j’ai téléchargé l’appli Nike training club chaipakoi. C’est cool, parce que t’as pas à réfléchir, tu choisis ton entrainement, la durée, et tu suis la fille. Si t’as envie, y’a même des programmes, sur quelques semaines.

Et le programme, c’est cool. Pourquoi c’est cool ? Parce qu’en début de semaine, le Lundi, je fais mes courses de la semaine, pis aussi, je prépare mon entrainement de la semaine. Et le fait de le programmer, déjà c’est rigolo (faut prévoir des trucs rigolos, mais je vais te mettre des liens de trucs rigolos), et ensuite, c’est intégré dans ton emploi du temps, c’est un rendez vous avec toi.

Après si tu bouquines et furètes à droite à gauche, tu peux te faire des programmes complètement ciblés et complets : tiens, déjà, première leçon, l’idéal c’est de mixer dans ta semaine un peu de cardio, du renforcement musculaire, et une séance de stretching.

Hum. Soo inspiring.

Hum. Soo inspiring.

Je ne te cache pas, j’ai découvert un nouveau monde. Un monde un peu surprenant, un monde de chaussures et collants moulants fluo en tissu « technique », où des post ados postent leurs abdos en gros plan à longueur de journée, un monde de protéines en poudre. T’as les mêmes citations de merde que sur facebook, mais version entrainement militaire, et avec des photos d’abdos derrière (obligatoires, les photos d’abdos). Mais enfin, si le fitness se populise, ça va pas durer, il va se faire réapproprier en 2-2. (j’espère)

Tiens, au fait, si tu connais des marques de vêtements et accessoires de sport écolo, je prends.

MAIS TU FAIS QUAND ?

La question de la mère de famille qui fâche, maintenant : QUAND EST-CE QUE TU CASES TES SEANCES ?

Au début j’étais l’incarnation de la motivation, je les casais entre 6h15 et 6h45. Ça a duré jusque … Novembre. Maintenant c’est plutôt le soir (bah oui si c’est pas le matin, et qu’après t’as ta journée de taf, hein). Je couche les enfants, objectif à 20h j’ai la paix (le petit au lit et les grands qui s’autogèrent d’après le repas), et j’ai 30 min devant mois à peu près. Plus de toute façon, c’est chiant, le sport. (On se refait pas totalement non plus hein). Comme j’ai la bonne idée de prendre un simili gouter au taf ou en sortant du taf, à base de pomme et de pain de la cantine, je ne meurs pas de faim. (Avant si j’avais pas mangé à 19h, je mourais d’inanition).

Pis hop, je loupe même pas le début de grey’s anatomy à 21h. Honnêtement, 30 min. Ça se trouve hein. On en passe des 30 min à faire de la bouse, dans la vie. Les jours où j’ai pas 30 minutes, c’est 15. Pas grave. L’essentiel est de garder l’habitude, la régularité.

Pis comme en plus, ton sommeil s’améliore un truc de dingue, bin ta nuit si elle dure 7h au lieu de 8h30 avec des trous dedans, bin c’est pas grave, t’as la patate quand même.

Bon, voilà, j’ai déjà blablaté beaucoup pour un seul billet, là. Je vais être obligée d’en faire d’autres. Haaan peut être je serai même obligée de faire une rubrique « sport ». Oh putain, j’assume pas trop.