Imagine.

J’ai entendu une auteure à la radio hier. Elle disait, j’écris avec deux sens : je vois la scène, et souvent en même temps j’entends les dialogues. Je me suis dit que c’était fou. Les gens qui arrivent à visualiser, à tromper leurs sens ou s’en extraire, ça me fascine. Je les envie un peu aussi, je crois. Des années de yoga n’y changent rien, tout me touche, me stimule, m’agresse, m’use, souvent. Je finirai ermite au milieu d’une grotte, il y fera frais, et silencieux. Et quoique je fasse, je ne peux imaginer quelque chose que mes sens n’ont pas appréhendé. En fait, j’ai une imagination de merde. Couplée à une créativité plutôt développée. Parce que ces processus n’ont strictement rien à voir. Mais ce n’est pas le blog pour en causer.

Et donc, disait-elle, elle visualise les scènes avant de les écrire. Fascinant. En ce qui me concerne, pas du tout. L’écriture est un sens à part entière, qui fait son chemin tout seul, depuis une intention… un besoin, jusqu’aux doigts sur le clavier. Il a ses propres sens, son propre automatisme, sa musique, sa propre vie, sa propre destination qui ne m’appartient plus une fois le mot sorti. Et surtout, il ne décrit pas le dehors, c’est le dedans qui coule tout seul, qui déborde, parfois. Je vis, je vois, je m’immerge. A vrai dire ces derniers temps, je suis immergée, plutôt. Et si ça me provoque une émotion, ou une réflexion, je viens la poser, la partager, pour me vider le crâne ou les tripes, et y faire un peu de place pour la vie qui suit.

De quoi ai-je envie de parler? Mais de rien. La question n’est pas là. Je ne suis pas une conteuse d’histoires. La vraie question est : qu’ai-je besoin de sortir?

Je crois que quelque part c’est aussi une des raisons pour lesquelles je n’écris pas de livre. Un blog ça n’est pas un livre, c’est un journal. Je ne romance pas. Je me dissèque avec curiosité et fascination, devant un public choisi, quand je me prends de surprise, de larmes, ou de gratitude. On m’a reproché de l’impudeur, un jour. Peut-être, sans doute? J’ai perdu le sens de ce mot. Cacher, montrer, comme si c’était si simple. Tout comme décréter ce qui est intime, et ce qui ne l’est pas. Ecrire est ma façon la plus juste de me montrer à la face du monde, et de sentir et partager l’universalité de ma condition d’humaine. Ce n’est pas parler, ce n’est pas danser, ce n’est pas photographier (pourtant j’aimerais).

En ce moment, j’étouffe un peu. Je manque d’air. Physiquement aussi. C’est extrêmement inconfortable. L’urgence de vivre me coupe le souffle. Je constate que rien ne te pousse autant vers les limites de ta zone de confort qu’un boulot qui ne te convient pas et dans lequel tu es enfermé-e à double tour. Mes Dimanches soirs s’alourdissent. Et les mots n’aident plus trop. Je n’ai pas besoin que ça coule dehors, j’ai besoin que ça ventile dedans. Je sens affleurer le moment où je n’arriverai plus à contenir le gros bordel. Alors c’est ça la vie, jamais on s’apaise, jamais on se contente, jamais on arrive à concilier les besoins irréconciliables? On trouve un équilibre d’un côté, et c’est l’autre qui se rappelle à toi. La fuite irrépressible, l’impérieuse envie d’ailleurs grondent sourdement. Ta gueule la quarantaine, pour le moment j’ai pas les couilles de ma rébellion, ni la patience des révolutions tranquilles.

Encore un an, encore un an à tenir. Ralentir le rythme cardiaque, ralentir la respiration. Hiberner. Sporuler. Attendre les conditions favorables.

Ça me servirait bien, finalement, un peu d’imagination, pour tenir.

 

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C’est beaucoup.

Hier, ma mère a eu 65 ans.
Elle m’a dit : c’est beaucoup. Je lui ai dit que je trouvais, moi aussi.
Elle m’a dit : je dors pas. Je lui ai dit : je comprends. Je mets au défi quiconque à sa place de réussir à dormir. Déjà, moi, c’est pas bien terrible. Cette année est vraiment raide. Je voudrais qu’elle passe plus vite, mais ça ne sert à rien.
Il va bien falloir la digérer, pas le choix, les faire miens, ces quarante ans, mes grands parents qui meurent et mes parents qui vieillissent, et tout ce temps qui coule, qui file, impossible à retenir, impossible à revenir. L’âge de mes artères qui se lit sur ma gueule, les regards posés qui changent, ou qui ne se posent plus, les bonjour madame, et putain, les gens qu’on aime qui disparaissent les uns après les autres. Pourtant, c’est pas nouveau, c’est pas une surprise, c’est atrocement banal.
Je ne sais pas pourquoi un jour j’ai eu la prétention de croire que je pourrais le gérer mieux que les autres êtres humains. A vingt piges, j’ai été terrassé par la peur de crever, c’était fait, je me disais j’ai toute ma vie pour apprivoiser cette idée. Mais non. Ca va trop vite. A peine le temps de vivre qu’on est déjà vieux, à peine le temps d’être vieux qu’on est déjà mort.
Je ne sais pas ce qui est le pire. Avec mes grands parents, ce sont des lieux, des odeurs, des rituels, qui sont vendus, reconstruits, effacés. Perdus. Perdus pour toujours. Le sentiment de perte est immense. Le passé n’existe plus, je me fais voler mon enfance lambeau par lambeau. Il m’en reste une. Une grand-mère formidable. Je ne veux même pas penser au jour où elle va partir.
Mais putain. Les parents. Je n’avais pas pensé au jour où j’allais commencer à compter à rebours les années qui restent à ma mère.

Ca va passer, hein. Ca va passer. C’est juste un très gros morceau à digérer. Vivement 2019.

Sous les vents de Neptune (mon grand père est mort)

De Maurice Gourmelon, je ne te dirai rien. Ni de l’enfant, ni de l’homme, ni de l’époux. Je ne les connais pas tellement, tu sais, seulement ce qu’il a bien voulu m’en montrer. Je ne connais que Papé, né avec moi il y a 40 ans.

Et alors je te parlerai de rires et de chansons fredonnées, de coussins orange qui font des farces, de clés dans des tonneaux, de rase-bitumes, de valses à mille temps dansées avec une petite fille blonde au milieu, de frites à deux temps de cuisson, de camping à Telgruc et de la chambre du fond de la rue Neptune.

Je te parlerai de pêche, bien sûr. Je te parlerai de bars grands comme ça, de palourdes au beurre d’ail, de bigorneaux sous les rochers, de buzuks dans la vase, et puis de faire un beurre de crevettes s’il en reste. Je crois bien que j’avais une épuisette dans la main avant de savoir tenir un crayon. Je te parlerai de carnets secrets, planqués dans des tiroirs, avec de minutieuses statistiques annuelles.

Certains ont pour madeleine de Proust des odeurs de tartes aux pommes. Moi j’ai le parfum de la banquette arrière d’une vieille Polo qui pue l’essence, la clope et la marée mélangées, et qui nous emmenait tous les trois, Papé, Mamé et moi près d’un endroit à côté de Landévennec, dont je ne te dirai pas le nom, pour garder le secret des carnets.

Je te parlerai de ping pong. Du sport, et de la joute verbale. Plus il y avait de répondant en face, plus Papé aimait ça, qu’il s’agisse d’une balle ou de phrases.

Je te parlerai d’un esprit vif et acéré. Vif, même à la fin, dans sa vieille carcasse qu’il a forcé à le suivre coûte que coûte.Vif, incisif. Expéditif, souvent. Comme le brestois qui bouffe la moitié de ses mots.

Je te parlerai de mots, d’ailleurs. De ce parler et de cet accent, si réjouissants à écouter. De blagues, de calembours, attrapés au vol et griffonnés sur une feuille pour ne pas être perdus, et ressortis plus tard à la faveur d’un apéro. Je te parlerai de bons mots.

De mots plus hauts que d’autres, aussi.

Ah oui, le portrait ne serait pas complet si je ne te parlais pas d’un putain de carafon. Même si Papé était moins rude que Maurice, c’était une vraie tête de bois, un roc, une mule. Il ne lâchait rien, jamais. Pas même quand il a fallu avoir des souvenirs pour deux, de la force pour deux, quand il a porté Mamé jusqu’à la fin à bout de bras et de dignité. Pas même après qu’elle soit partie. Je ne savais pas qu’on pouvait être si triste et quand même si fort. Il est resté roc, rempli de chagrin et de l’absence, mais sans fêlure. Il n’a pas lâché l’affaire.

Au fond de moi, je ne croyais pas vraiment que la mort réussirait à lui clouer le bec. Je suis d’ailleurs persuadée qu’il s’agit d’une erreur, due à un dérèglement quelconque de l’ordre des choses. Pour preuve, il a neigé à Brest ce jour-là.

Je te parlerai de Mamé, évidemment. Parce je ne savais pas qu’ils pouvaient exister l’un sans l’autre. Parce que quand j’entends la chanson des vieux amants de Brel, depuis toujours, c’est leur image qui me vient, tourbillonnant dans leur valse à mille temps. Il n’avait pas choisi, mais il avait pris la plus belle…

Je te parlerai de Brest, aussi. Mon grand père m’a légué à cette ville : je porte en moi ses trottoirs luisants, la bruine, et la lumière sur la rade. Mais si mon Brest à moi projette des tentacules vers les bords de mer et campagnes attenants, celui de mes grands parents est contenu dans un triangle de quelques centaines de mètres carrés, délimité strictement par la rue de Lyon au Nord-Est, la rue de Siam au Nord Ouest et le cours d’Ajot au Sud.

Au-delà, rien qui ne soit réellement digne d’intérêt.

A l’intérieur, leur territoire, celui qu’ils ont arpenté chaque jour pendant 50 ans, d’un bon pas, chapeautés, bras dessus, bras dessous.

Et, au centre névralgique de cette zone, le 10 de la rue Neptune. Tour de guet du quartier ou phare pour les assoiffés selon l’heure de la journée, il y avait toujours de la place et du temps pour un verre, un rire, ou une fête mémorable. Moi je te parlerai plutôt du bruit de fond de la télé jamais éteinte, du dessous de la table du salon, la meilleure des planques, et de la chambre du fond, refuge et domaine des petits-enfants. Je te parlerai de fêtes de Noël qui ont illuminées mon enfance et de Mercredis magiques.

Tu sais, je crois que je ne te parlerai pas plus longtemps. Il n’aurait pas aimé que ça s’éternise, il n’aurait pas aimé que ça larmoie, la messe est dite, c’est le moment de rentrer. On lui aurait volé un bisou, il aurait grimacé ou fait semblant de sursauter, pour la forme, et il nous aurait expédié d’un mouvement de main. Comme ça.

Au suivant!

Tes étagères sont vides, les cartons encombrent le passage, le chat est perplexe, je le sens bien. Encore quelques jours et nous te transmettons au suivant. Je crois que c’est un gars bien. Il fait de la musique. Il a plein de projets pour toi.

En attendant le départ, je respire à plein poumons, fais le plein d’horizon sans immeubles, de chemin sans bitume, de ciel sans goéland. Je m’accorde le temps et le droit d’être nostalgique, encore quelques jours. Tu n’es pas, tu n’as jamais été comme toutes les autres. Tu m’as permis de me poser : j’avais tant à construire ! Un couple, une famille, un dernier enfant. Il fallait bien un nid pour tout ce(ux)là. Un nid que nous avons posé autour de nos vies. Finalement, elles n’ont pas été plus belles ou plus moches, qu’est ce qu’on est cons de croire qu’un lieu adoucira tout. Comme si ça pouvait être tiède, les naissances, les morts, les départs, les cris, les peurs, les infinies tristesses, les petits bonheurs, et ce temps qui coule entre nos doigts.

Et puis, il y a eu les rencontres. Je ne sais pas comment tu fais, mais tu attires les belles personnes, tu nous as entouré d’humains extraordinaires qui peuplent nos jours avec bonheur.

Tu sais, avec toi, j’aurais pu rester encore un peu. Je crois que je ne suis pas tout à fait prête à te quitter. Je sens la déchirure arriver, ça tire, ça brûle, la coupure ne sera pas propre et nette…

Je n’ai jamais été peinée de laisser un endroit, pourtant j’en ai quitté beaucoup. Mais tu es différente, tu le sais. Nous t’avons créée de toutes pièces, façonnée jour après jour, nous t’avons donné un nom. Malgré tout cela… je l’aime plus que toi, et vous n’avez jamais trouvé de terrain d’entente. Si tu veux tout savoir, je crois qu’il n’a jamais pu te pardonner de ne pas être parfaite. Il a essayé, je te promets, il a essayé pendant 8 ans. C’est beaucoup. On ne peut pas vivre dans un lieu sans s’investir. 8 ans qu’il est là sans être avec nous, à souhaiter être ailleurs, je t’assure que c’est difficile pour tout le monde.

La prochaine lui plaît mieux. Pas à moi. Elle n’a pas ton espace, ta lumière, ta chaleur, et puis c’est celle de quelqu’un d’autre. Elle ne sera jamais toi. D’ailleurs, elle n’a pas de nom. Mais c’est pour ça qu’elle lui plaît mieux, parce qu’elle n’est pas toi.

Je ne dis pas, hein, ce n’est pas un laideron ou un taudis, elle fera bien l’affaire quand même.

Et puis, je vais retrouver ma ville, celle aux courants d’air et au pont bleu, celle où tout commence chaque fois, celle qui me rend libre. Toi, tu nous pèses un peu, et la liberté, tu sais bien, y’ un moment où ça démange fort. Je vais redevenir bipède. Je vais voir la mer quand je veux. D’ailleurs, je vais faire plus de ce que je veux et moins de ce que je ne veux pas. Là t’y es pour rien, les changements, une fois enclenchés, ça entraîne le reste de la vie avec, par mécanisme, un peu comme des rouages, ou comme ce truc avec les dominos. Je vais ralentir, aussi. Ou pas. Pas sûre d’en être capable. On s’en fout un peu, non ? Tout ira bien. De toute façon, tout va toujours bien.

Tu sais. Aucun de nous ne va t’oublier : tu nous as tous vu grandir. 67 cm très exactement pour Efflam.

Prends bien soin de toi et de tes futurs occupants.

Bon.

Allez.

C’est l’heure.

Au suivant…

A moitié.

Ce jour là, il a dit : ta femme est une guerrière.

J’ai souri. L’image me plait, et me surprend à la fois. A peu près autant que lorsqu’on me qualifie de douce. Je n’ai pas l’impression d’être une guerrière. J’ai déposé les armes il y a longtemps. Je n’avais de toute façon pas beaucoup d’ennemis à affronter. Ma vie est tout sauf un combat.

Je me suis dit que peut être il parlait d’engagement, de force plutôt que d’agressivité ou de lutte. Tu sais, le fameux »toi, tu ne fais pas les choses à moitié ».

Mais en fait si.

Il y a des tas et des tas de choses que je fais à moitié, que j’effleure, que je survole, que j’abandonne. Sans gravité aucune.

Les amitiés. Celles qui attendent plus que je ne peux donner, celles qui exigent, celles qui agressent, celles qui oublient que l’amitié c’est accepter dans la différence, qu’on peut être en désaccord sans être en conflit, et montrent des masques. Je n’ai ni indulgence, ni états d’âme avec les amitiés en passe de devenir poison. Alors beaucoup restent ou deviennent légères et superficielles. Quelques unes sont enracinées, celles qui sont là malgré le temps qui passent, les gosses et les coups de fil que je ne passe pas. Aucune n’est poison ni entrave, aucune ne tire vers le bas. Et c’est bien ainsi. L’amour je sais faire, l’amitié vachement moins.

L’écriture. De lettres, de billets, de poèmes. Des pensées inachevées, inabouties.

Sortir les poubelles.

La joie, la tristesse, la déception, l’agacement. Fugaces, jamais purs, toujours mélangés à d’autres sentiments. La colère et la peur, oui, elles peuvent encore me submerger, me terrasser. Avec le temps, je perds peu à peu le goût et l’odeur du mépris, il ne me sert à rien. Mais les quatres premières, là, ont fait place à autre chose. De plus profond et de plus serein.

Faire des phrases.

Boire. Et séduire. Pour la même raison : tâcher de ne pas atteindre le point de non retour et garder le contrôle. Et puis, séduire (et je parle au sens large) implique également de porter des masques. Et ça en revanche, je ne sais plus trop faire.

M’occuper des autres. Je veux dire ceux qui sortent de ma cellule familiale.

Bosser.

Tout ce qui demande de l’adresse manuelle. Je déteste tout ce qui est minutieux. Je préfère le brut, dans le mouvement, dans la bouffe, dans la danse, dans l’écriture, dans la musique. Le brut, l’essence. Le juste dégrossi, le juste raboté, le rauque, le sauvage à peine dompté. Alors si ça demande à être minutieux… c’est à moitié fait. L’ennui me rattrape et m’emmène loin de l’ouvrage.

Regarder la télé.

Me baigner en Bretagne. Mon bas de maillot a beaucoup plus connu la mer que le haut.

Du sport.

Curieusement, je ne liste pas les centaines de centres d’intérêt (lubies?) que j’ai selon l’humeur de la saison. Parce qu’en général, au contraire, ceux là rentrent dans la catégorie de ce que je ne fais pas à moitié.

Juste, je ne le fais pas longtemps.

Enlace.

Le flamenco peut tout raconter. Subtil, violent, surprenant, il t’attrape, te bouscule. Le flamenco n’est pas une danse, ni une musique, c’est une émotion.

Et dans le flamenco, il y a un temps que j’affectionne particulièrement. Ce temps « juste avant », la respiration, la seconde qui précède le tonnerre, ce « juste avant » qui fait monter le suspens, la tension, le désir, ou qui étouffe, amène un chuchotement, une surprise. Le temps où tout est encore possible, le temps où on ne sait pas ce qui va suivre, suspendu au pas du danseur. Le temps de l’inspiration. Ce qui est incroyable, c’est que ce temps est en fait un silence. Juste avant le temps fort. Une absence. Un creux. Un pic.

Le temps du coup de pied, celui qui fait voler la jupe ou prépare la frappe du talon, du plat, de la pointe. Comme on veut. Comme l’histoire le demande.

Ce temps, il s’appelle l’ « enlace ».

J’aime ce temps. J’aime les juste avant. Rien que pour retenir tous les possibles encore un peu. Chaque choix est une perte, chaque décision porte le poids de cet autre chemin qui ne sera jamais. L’enlace, c’est le temps de tous ceux qui ne savent, ne veulent jamais choisir. C’est le temps des désirs. Juste avant le baiser, juste avant l’orgasme, juste avant la bataille, juste avant la mort.

Avec le temps, j’apprends à accepter de ne vivre qu’une vie, je crois.

Ou pas.

Meurtres pour rédemption – Karine Giebel

giebelJe ne sais pas combien de pages. Beaucoup. Lues en 48 heures. Dont une nuit.

Ça fait une éternité qu’un livre ne m’a pas tenue en haleine. C’est même pas un polar, pourtant. Y’a même pas d’intrigue de folie. Y’a juste que tu colles aux basques de l’héroïne et que t’as pas envie de la lâcher d’un souffle.

J’ai regardé Midnight express vers mes 12 ans. Un peu trop jeune, pourrait-on croire, mais non. La violence du film m’avait moins traumatisée que Robocop, vu au même âge. En revanche, je me souviens. De l’intensité du film, des émotions dans le bide, de la gerbe, de la fascination horrifiée face à la découverte de la vie carcérale. Ce sont les mêmes teintes dans ce livre.

J’ai aussi beaucoup retrouvé la colère de Lee, fil conducteur de « J’irai cracher sur vos tombes ».

En revanche, c’est la première fois qu’un personnage me laisse une si forte impression. Peut être parce que Marianne ne ressemble à aucune autre héroïne. Peut être parce que l’histoire décrit une femme qui se débat dans son humanité, et que ça, ça tape dans ce qui me prend le plus au bide.

Costaud. Puissant. Noir, certes, mais.. je ne sais pas. Je n’ai pas cauchemardé, ça ne m’a pas hanté, comme des Grangé ont pu le faire. Je crois que c’est parce que je soupçonne Grangé de prendre plaisir aux horreurs, aux descriptions ignobles, au gore qu’il met dans ses romans. Je ne lis pas pour jouer à me faire peur, je n’ai jamais aimé les films d’horreur. Ici ce n’est pas gore. C’est violent, sans complaisance. (Et puis personne ne crame)

Ou alors peut être qu’en vieillissant, tu intègres que la noirceur, elle existe, même à dose infinitésimale, dans toute chose. Comme la lumière.