Enlace.

Le flamenco peut tout raconter. Subtil, violent, surprenant, il t’attrape, te bouscule. Le flamenco n’est pas une danse, ni une musique, c’est une émotion.

Et dans le flamenco, il y a un temps que j’affectionne particulièrement. Ce temps « juste avant », la respiration, la seconde qui précède le tonnerre, ce « juste avant » qui fait monter le suspens, la tension, le désir, ou qui étouffe, amène un chuchotement, une surprise. Le temps où tout est encore possible, le temps où on ne sait pas ce qui va suivre, suspendu au pas du danseur. Le temps de l’inspiration. Ce qui est incroyable, c’est que ce temps est en fait un silence. Juste avant le temps fort. Une absence. Un creux. Un pic.

Le temps du coup de pied, celui qui fait voler la jupe ou prépare la frappe du talon, du plat, de la pointe. Comme on veut. Comme l’histoire le demande.

Ce temps, il s’appelle l’ « enlace ».

J’aime ce temps. J’aime les juste avant. Rien que pour retenir tous les possibles encore un peu. Chaque choix est une perte, chaque décision porte le poids cet autre chemin qui ne sera jamais. L’enlace, c’est le temps de tous ceux qui ne savent, ne veulent jamais choisir. C’est le temps des désirs. Juste avant le baiser, juste avant l’orgasme, juste avant la bataille, juste avant la mort.

Avec le temps, j’apprends à accepter de ne vivre qu’une vie, je crois.

Ou pas.

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