Au suivant!

Tes étagères sont vides, les cartons encombrent le passage, le chat est perplexe, je le sens bien. Encore quelques jours et nous te transmettons au suivant. Je crois que c’est un gars bien. Il fait de la musique. Il a plein de projets pour toi.

En attendant le départ, je respire à plein poumons, fais le plein d’horizon sans immeubles, de chemin sans bitume, de ciel sans goéland. Je m’accorde le temps et le droit d’être nostalgique, encore quelques jours. Tu n’es pas, tu n’as jamais été comme toutes les autres. Tu m’as permis de me poser : j’avais tant à construire ! Un couple, une famille, un dernier enfant. Il fallait bien un nid pour tout ce(ux)là. Un nid que nous avons posé autour de nos vies. Finalement, elles n’ont pas été plus belles ou plus moches, qu’est ce qu’on est cons de croire qu’un lieu adoucira tout. Comme si ça pouvait être tiède, les naissances, les morts, les départs, les cris, les peurs, les infinies tristesses, les petits bonheurs, et ce temps qui coule entre nos doigts.

Et puis, il y a eu les rencontres. Je ne sais pas comment tu fais, mais tu attires les belles personnes, tu nous as entouré d’humains extraordinaires qui peuplent nos jours avec bonheur.

Tu sais, avec toi, j’aurais pu rester encore un peu. Je crois que je ne suis pas tout à fait prête à te quitter. Je sens la déchirure arriver, ça tire, ça brûle, la coupure ne sera pas propre et nette…

Je n’ai jamais été peinée de laisser un endroit, pourtant j’en ai quitté beaucoup. Mais tu es différente, tu le sais. Nous t’avons créée de toutes pièces, façonnée jour après jour, nous t’avons donné un nom. Malgré tout cela… je l’aime plus que toi, et vous n’avez jamais trouvé de terrain d’entente. Si tu veux tout savoir, je crois qu’il n’a jamais pu te pardonner de ne pas être parfaite. Il a essayé, je te promets, il a essayé pendant 8 ans. C’est beaucoup. On ne peut pas vivre dans un lieu sans s’investir. 8 ans qu’il est là sans être avec nous, à souhaiter être ailleurs, je t’assure que c’est difficile pour tout le monde.

La prochaine lui plaît mieux. Pas à moi. Elle n’a pas ton espace, ta lumière, ta chaleur, et puis c’est celle de quelqu’un d’autre. Elle ne sera jamais toi. D’ailleurs, elle n’a pas de nom. Mais c’est pour ça qu’elle lui plaît mieux, parce qu’elle n’est pas toi.

Je ne dis pas, hein, ce n’est pas un laideron ou un taudis, elle fera bien l’affaire quand même.

Et puis, je vais retrouver ma ville, celle aux courants d’air et au pont bleu, celle où tout commence chaque fois, celle qui me rend libre. Toi, tu nous pèses un peu, et la liberté, tu sais bien, y’ un moment où ça démange fort. Je vais redevenir bipède. Je vais voir la mer quand je veux. D’ailleurs, je vais faire plus de ce que je veux et moins de ce que je ne veux pas. Là t’y es pour rien, les changements, une fois enclenchés, ça entraîne le reste de la vie avec, par mécanisme, un peu comme des rouages, ou comme ce truc avec les dominos. Je vais ralentir, aussi. Ou pas. Pas sûre d’en être capable. On s’en fout un peu, non ? Tout ira bien. De toute façon, tout va toujours bien.

Tu sais. Aucun de nous ne va t’oublier : tu nous as tous vu grandir. 67 cm très exactement pour Efflam.

Prends bien soin de toi et de tes futurs occupants.

Bon.

Allez.

C’est l’heure.

Au suivant…

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3 réflexions sur “Au suivant!

  1. Ah put*** ! Tu me fais la larme. Je ressens comme toi. J’ai quitté ma maison en bois construite aussi de mes dix doigts, moins que toi qui y a mis des bras et plus encore, mais, alors j’ai quitté écorchée déchirée pour une maison où je ne suis pas chez moi, jamais, et c’est pour ça le Murmure de.
    Je viendrais dans la ville au pont bleu, c’est chez moi aussi dans ma vie de tous les possibles, et les possibles c’est aussi de t’ y revoir.
    Je te fais un gros câlin et mille pensées pour la belle vie devant toi.

  2. Bonjour, je lis depuis quelques temps mais je n’avais jamais commenté.
    Pourquoi ai-je la larme à l’oeil en te lisant ? Sans doute parce que ton billet fait écho à d’autres départs, d’autres lieux de vie de mon propre passé.
    Je te souhaite une belle installation dans ton nouveau lieu de vie. Et que l’émotion qui sûrement t’étreindra quand tu penseras à cette maison-là sera juste de la nostalgie et pas de la souffrance.
    Belle route à toi !

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