Le sachet de thé.

Je suis arrivée trop tôt. J’ai patienté dans la voiture, noircissant les pages d’un bloc notes avec les idées qui me passaient par la tête. Des idées, j’en ai tout le temps. Je ne les matérialise que rarement. Y’a un gros boulot de tri, que je n’ai pas tout le temps envie de faire. Mais je les aime, mes idées. Elles vont, viennent, en fond, elles ne me dérangent jamais. Je les laisse vivre. Des fois j’en parle, mais je vois bien que je saoule avec. Parce que y’en a trop, en bordel, elles font un espèce de grand nuage. Pis parce qu’elles sont qu’à moi. Elles n’ont pas toujours envie de se rendre visibles aux autres. Pas grave.

C’est l’heure. Enfin presque l’heure. 5 minutes avant. Pas trop tôt, pas trop tard, j’aime bien quand c’est le bon moment, la bonne synchronicité, quand chaque chose que tu fais commence quand elle doit commencer et finit quand elle doit finir. Ca se sent ce genre de choses, je trouve.

J’entre dans le gymnase. Le silence me saute à la tronche. L’ambiance est incroyable. Toutes les personnes présentes sont tellement concentrées, elles concentrent l’air autour d’elles. C’est extraordinairement calme, ça ne résonne pas. Parce que bon les gymnases, ça résonne, habituellement. Ca résonne les rebonds de ballon, les coups de sifflet et les coachs qui gueulent, le brouhaha des enfants, ça pue la sueur, et y’a toujours un courant d’air qui te glace le cul et un parent chiant qui tient absolument à te causer.

Là, chacun fait ce qu’il a à faire. En silence. C’est presque un ballet, minuté. Je n’ai jamais ressenti cela dans un endroit fermé avec tant de monde.

Et puis, je te vois. Posé, comme tu n’es jamais. Précis, comme tu n’es jamais. D’habitude, tu pars dans tous les sens, dans le brouillard de tes idées, tu te diffuses, tu infuses, comme un sachet de thé dans la tasse. Je sais que toi aussi tu en as plein la tête, des idées, tout le temps. Mais là, tu n’es que là, dans l’instant, au bout de ta flèche. Focus.

La séance est finie, et je réalise à quel point cette discipline te va bien. Elle est pleine d’étapes bien définies, de rituels, presque. Tu poses ton arc. Tu attends le signal. Tu vas récupérer tes flèches. Tu enlèves ta protection. Tu ranges, les flèches, le carquois, la dragonne. Tu fais la queue pour utiliser le bout de salle où on démonte l’arc, et où on le range soigneusement pour la prochaine fois. C’est la première fois que je te vois soigneux. Je suis bluffée.

Et c’est seulement là que tu t’aperçois de ma présence. Tu me souris. Tu finis ce que tu fais, tu me rejoins.

Mamaaaaaaaan !!!! Tu me montres un haka, tu ne sais plus où tu as mis ton cartable, tu enfiles juste une manche de manteau, à l’envers, et tu sautilles partout quand on part.

Le sachet de thé, quoi.

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Indiana Jones (tintinlinliiiin…tintintin)

Le week end dernier, ma soeur a fêté ses 30 ans. Dans des gîtes, à 3 pneus du Menez Hom, au bout du monde, perdus, paumés. C’était réellement un week end d’anniversaire, ce qui implique que la fête commence le vendredi soir et finit le Dimanche soir.

Aucun parent n’aura de mal à imaginer la scène suivante :

Samedi, 16h , les adultes s’extirpent mollement du repas, avec la furieuse envie de faire une sieste, rapport à être en forme le soir (qui est quand même LE soir officiel de la fête, rappelons le) pour le toutouyoutou parce qu’on a plus 20 ans ma bonne dame. Là, le regard se pose sur les enfants. Argl. Cas de conscience. Ils ne sont donc pas sortis depuis presque 24 heures, warning, ils attaquent leur 15è partie d’affilée de DS, le petit qui vient de finir sa sieste, lui (salop d’enfant!) et il pète la forme, lui… on se regarde, et on se dit … mmm.

« Faudrait ptet les sortir quand même, non? » Léger flottement, le temps de mesurer les conséquences. La nuit va tomber dans une heure, il fait froid, il pluviote, et les possibilités à pied sont assez limitées (oui, pour rappel, on sort de table).

Et là, béni soit-il, un des invités nous présente un truc trop bien qui va devenir notre meilleur ami/appât/prétexte pour toutes les sorties à venir : le GEOCACHING.

(Je vous l’accorde, ça a beau bien porter bien son nom, on se demande quand même un petit peu c’est quoi qu’est ce donc. Donc, j’explique : )

Le geocaching, je me demande si ça a pas plus emballé Jules et moi que les enfants :)… non, les enfants aussi, définitivement. Commencer une phrase par : on va aller à la recherche d’un trésor, tu gagnes 1000 points de sympathie. En fait, tout partout dans le monde, en France, même dans ton petit bled tout perdu, tout partout je te dis (puisqu’il y en avait une à portée de pied de notre gîte, hein…), il y a des mini-trésors cachés. Ils sont indiqués par localisation GPS, sur le site geocaching.

Les mini trésors s’appellent des « caches ».

Il y en a des super faciles à trouver, des où tu dois randonner 1h, l’atteindre en kayak… il y a en a des avec juste un bout de papier dedans, où tu ajoutes ton nom à la suite des précédents trouveurs, et tu gagnes la satisfaction d’avoir trouvé (c’était le cas de notre première cache, donc) et il y en a des avec des petits objets. Et dans ce cas, tu prends un objet et tu y places un autre.

Il y en a des à la suite, la première te file l’indice pour trouver la suivante, il y en a des avec des énigmes pour t’aider à deviner la cache.

Quand t’as trouvé, tu mets sur ton profil de geocacheur que tu l’as trouvé (nous on s’appelle kerbiloute, team familiale, si tu nous cherches) et tu deviens collectionneur de caches.

Et puis quand tu veux plus te sentir gardien des cités d’or qu’indiana jones, bin tu peux toi même créer ta propre cache.

Hop, 3/4 d’ heure de temps, les enfants ont couru, ne se sont pas disputés, on a pris l’air, et accompli notre devoir parental en ne laissant pas les enfants pendant 12h d’affilée devant leur écran.

Alors, le geocaching, est-ce que ça n’est pas incroyablement inutile et génial?

 

La bousculette

Personnellement, j’apprends beaucoup par la bousculade. Ou la bousculette, c’est sympa aussi comme néologisme.

La bousculade, c’est quand un écrit, une vidéo, quelqu’un, un choix, un concept déloge brusquement un de vos schémas de pensée/certitude.

PLOP. Ça fait à peu près ce bruit là, oui.

Et du coup sème à la place de la susdite certitude plein de petites graines de nouvelles potentialités, qui font des racines et décalent parfois prodigieusement votre angle de vue sur le monde.

Avant, j’étais une mère de famille.

Une mère de famille de garçons qui ont eu la bonne idée de commencer à se déplacer entre 5 et 7 mois. C’est tôt pour expliquer le concept de prise électrique, de lame de couteau, de chaise qui tombe, etc. En fait, c’est déjà tôt pour le concept du « non » ou « stop ».

J’étais donc une mère de famille qui bloquait les portes des placards (sans réussite aucune, le bloque porte étant un élément nouveau, il attire immédiatement l’attention de l’enfant curieux, qui donc s’empresse de le manger, ou de le décoller), achetait des casques pour enfants _oui mais y’avait du carrelage chez moi, et s’il tombait sur la tête! (et mourrait d’un hématome sous dural, sous entendu)_, et utilisait un parc (tout aussi inutile puisque ces bourrins déplaçaient le parc et arrivaient en faire un truc encore plus dangereux que pas de parc).

Mais ça, c’était avant.

Je suis tombée sur cette vidéo. Plop. C’est en anglais MAIS MAIS MAIS pour les tanches (as me), zieutez la vidéo originale sur le site ted talk qui propose des sous titres en 39 langues 🙂 :

http://www.ted.com/talks/gever_tulley_on_5_dangerous_things_for_kids

 

Bon, je dis pas que j’ai pas des sueurs froides dès qu’ils montent sur les rochers à la plage (avec vision d’enfant dans un bain de sang au pied du rocher, ou de fauteuil roulant à vie inside), mais le petit dernier n’a pas eu de parc, ni de bloque escalier, il a joué avec la porte du poêle, et les couteaux étaient accessibles. Et tout va bien.

Nos enfants sont uniques. Eux et nous seuls pouvons chercher ce qu’ils sont capables de faire ou non. De toute façon, c’est systématiquement plus que ce que eux et nous imaginons.

Transmettre

Un jour, je buvais un thé à l’hibiscus avec Charlotte. C’était la deuxième ou troisième fois qu’on se croisait, j’aimais bien Charlotte, j’aimais bien le thé et j’aimais bien ce côté amer et fort de l’hibiscus sur ma langue. C’est alors qu’elle m’a dit : « hey, tu voudrais pas enseigner le tribal? ». J’ai commencé par recracher mon thé, et puis ma bouche a répondu « oui, je crois » alors que dans ma tête, mon double maléfique commençait à m’invectiver : « ça va pas la tête? » « tu maîtrises pas du tout assez le sujet! » « t’es pas pédagogue pour deux sous, et on peut pas dire que tu sois une personne de contact »… et je vous en passe. Oh allez, ta gueule, le double maléfique, de toute façon j’ai dit oui.

N’empêche que ça a commencé comme ça.
Ça m’arrive souvent. Je mets la charrue avant les boeufs, parce que mon coeur me dit que c’est là qu’il faut aller et que du coup je ne peux pas aller contre. Et en général, je ne me trompe pas, le reste de l’univers finit par suivre, et me montrer à quel point il avait raison.
Mon premier cours, je l’ai bossé pendant un mois. Je suis arrivée avec une double page dactylographiée ou j’avais presque écrit les phrases à prononcer. Je suis arrivée 20 minutes en avance. J’ai vérifié 20 fois ma playlist.

Et puis, mes élèves sont arrivées.
J’avais tellement théorisé, réfléchi, lu, que j’en avais oublié l’essentiel : le lien humain. Et ça, je ne m’y étais pas du tout préparée. Ce fut une des plus géniales claques de ma vie.
Moi même j’avais suivi des cours de danse, avec plus ou moins de plaisir et d’implication. La plupart du temps, la prof était une personne assez lointaine, que je traitais avec une sorte de déférence inquiète, amusée ou indifférente, selon les cas (était-ce moi, ou elles? une question d’âge? je n’ai pas la réponse). Dans tous les cas, il n’était pas vraiment question d’aller lui causer à la fin du cours ou d’interagir trop profondément, chacun(e) à sa place.
A la fin de mon cours, les filles sont venues me voir et m’ont dit à quel point le cours leur avait plu. Je n’avais jamais imaginé une chose pareille. J’ai été bousculée, émue, ravie. Je ne sais pas si on a les élèves qu’on mérite, ce qui est sûr c’est que je me sens très chanceuse de les avoir croisées.

Ensuite, j’ai nourri ma réflexion autour de la pédagogie et de la transmission de mon expérience de mère (et de belle-mère!), en travaillant autour des danses traditionnelles, j’ai constaté les différences entre enseignement et transmission. (j’y reviendrai parce qu’il y a beaucoup à dire sur le sujet, plus qu’un billet, je pense)

J’ai compris mes valeurs en tant qu’enseignante.
Il est évident à mes yeux que ce que je fais se rapproche plus d’un travail de guide à l’intérieur de soi qu’un dépôt/explication de la danse, telle une parole sacrée. J’aime trop la liberté, le foisonnement, l’élan de vie, le bouillonnement de la créativité pour enseigner quelquechose qui se rapproche d’un carcan.
Elargir, ouvrir de nouvelles voies, de nouvelles portes.
Il n’est pas pour autant question d’à peu près ou d’imprécision. Liberté et exactitude, créativité et respect de la danse ne sont absolument pas exclusifs les uns des autres.
Tout comme les mots, les mouvements sont importants. Mais tout comme les mots, l’essentiel est d’en saisir le sens pour les utiliser à bon escient. Voilà pourquoi l’histoire des danses, leur origine, pourquoi l’essence des mouvements sont les bases à connaître. Après, chacun(e) en fait ce qu’il (elle) veut, se les approprie, dans les règles ou hors des règles.
C’est pourquoi l’enseignant à ce moment n’est plus qu’un guide, et encore.. un guide si besoin est.

Voir les lumières danser dans les yeux des élèves quand elles libèrent un mouvement, me provoque le même ravissement que voir la lumière qui s’allume dans les yeux de mes enfants quand ils captent une notion, apprennent à lire… Il n’est pas question d’autosatisfaction, mais de joie pure à voir une personne grandir.
La même joie pure à voir des élève, des stagiaires créer du lien entre elles, à les voir oser, s’approprier la scène, s’emballer pour des idées de spectacles/chorégraphies.

Je sais qu’une nouvelle année se prépare. J’ai hâte. J’ai tellement hâte. Je sens, j’entends les envies des anciennes, des nouvelles, toutes ont envie de se (re)jeter dedans à pleine force.

Tout cet enseignement me forme, me nourrit, m’apprend sur moi bien plus sûrement qu’aucune autre expérience de vie.
Elèves, (qui n’en êtes plus tant que ça, qui en savez plus, autant que moi, qui vous mêmes donnez ou donnerez des cours), ne croyez jamais que la richesse d’un cours est unilatérale, si vous avez l’impression de recevoir, sachez bien que vous avez donné tout autant en retour. Merci à vous.