A moitié.

Ce jour là, il a dit : ta femme est une guerrière.

J’ai souri. L’image me plait, et me surprend à la fois. A peu près autant que lorsqu’on me qualifie de douce. Je n’ai pas l’impression d’être une guerrière. J’ai déposé les armes il y a longtemps. Je n’avais de toute façon pas beaucoup d’ennemis à affronter. Ma vie est tout sauf un combat.

Je me suis dit que peut être il parlait d’engagement, de force plutôt que d’agressivité ou de lutte. Tu sais, le fameux »toi, tu ne fais pas les choses à moitié ».

Mais en fait si.

Il y a des tas et des tas de choses que je fais à moitié, que j’effleure, que je survole, que j’abandonne. Sans gravité aucune.

Les amitiés. Celles qui attendent plus que je ne peux donner, celles qui exigent, celles qui agressent, celles qui oublient que l’amitié c’est accepter dans la différence, qu’on peut être en désaccord sans être en conflit, et montrent des masques. Je n’ai ni indulgence, ni états d’âme avec les amitiés en passe de devenir poison. Alors beaucoup restent ou deviennent légères et superficielles. Quelques unes sont enracinées, celles qui sont là malgré le temps qui passent, les gosses et les coups de fil que je ne passe pas. Aucune n’est poison ni entrave, aucune ne tire vers le bas. Et c’est bien ainsi. L’amour je sais faire, l’amitié vachement moins.

L’écriture. De lettres, de billets, de poèmes. Des pensées inachevées, inabouties.

Sortir les poubelles.

La joie, la tristesse, la déception, l’agacement. Fugaces, jamais purs, toujours mélangés à d’autres sentiments. La colère et la peur, oui, elles peuvent encore me submerger, me terrasser. Avec le temps, je perds peu à peu le goût et l’odeur du mépris, il ne me sert à rien. Mais les quatres premières, là, ont fait place à autre chose. De plus profond et de plus serein.

Faire des phrases.

Boire. Et séduire. Pour la même raison : tâcher de ne pas atteindre le point de non retour et garder le contrôle. Et puis, séduire (et je parle au sens large) implique également de porter des masques. Et ça en revanche, je ne sais plus trop faire.

M’occuper des autres. Je veux dire ceux qui sortent de ma cellule familiale.

Bosser.

Tout ce qui demande de l’adresse manuelle. Je déteste tout ce qui est minutieux. Je préfère le brut, dans le mouvement, dans la bouffe, dans la danse, dans l’écriture, dans la musique. Le brut, l’essence. Le juste dégrossi, le juste raboté, le rauque, le sauvage à peine dompté. Alors si ça demande à être minutieux… c’est à moitié fait. L’ennui me rattrape et m’emmène loin de l’ouvrage.

Regarder la télé.

Me baigner en Bretagne. Mon bas de maillot a beaucoup plus connu la mer que le haut.

Du sport.

Curieusement, je ne liste pas les centaines de centres d’intérêt (lubies?) que j’ai selon l’humeur de la saison. Parce qu’en général, au contraire, ceux là rentrent dans la catégorie de ce que je ne fais pas à moitié.

Juste, je ne le fais pas longtemps.

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Enlace.

Le flamenco peut tout raconter. Subtil, violent, surprenant, il t’attrape, te bouscule. Le flamenco n’est pas une danse, ni une musique, c’est une émotion.

Et dans le flamenco, il y a un temps que j’affectionne particulièrement. Ce temps « juste avant », la respiration, la seconde qui précède le tonnerre, ce « juste avant » qui fait monter le suspens, la tension, le désir, ou qui étouffe, amène un chuchotement, une surprise. Le temps où tout est encore possible, le temps où on ne sait pas ce qui va suivre, suspendu au pas du danseur. Le temps de l’inspiration. Ce qui est incroyable, c’est que ce temps est en fait un silence. Juste avant le temps fort. Une absence. Un creux. Un pic.

Le temps du coup de pied, celui qui fait voler la jupe ou prépare la frappe du talon, du plat, de la pointe. Comme on veut. Comme l’histoire le demande.

Ce temps, il s’appelle l’ « enlace ».

J’aime ce temps. J’aime les juste avant. Rien que pour retenir tous les possibles encore un peu. Chaque choix est une perte, chaque décision porte le poids cet autre chemin qui ne sera jamais. L’enlace, c’est le temps de tous ceux qui ne savent, ne veulent jamais choisir. C’est le temps des désirs. Juste avant le baiser, juste avant l’orgasme, juste avant la bataille, juste avant la mort.

Avec le temps, j’apprends à accepter de ne vivre qu’une vie, je crois.

Ou pas.

Le sachet de thé.

Je suis arrivée trop tôt. J’ai patienté dans la voiture, noircissant les pages d’un bloc notes avec les idées qui me passaient par la tête. Des idées, j’en ai tout le temps. Je ne les matérialise que rarement. Y’a un gros boulot de tri, que je n’ai pas tout le temps envie de faire. Mais je les aime, mes idées. Elles vont, viennent, en fond, elles ne me dérangent jamais. Je les laisse vivre. Des fois j’en parle, mais je vois bien que je saoule avec. Parce que y’en a trop, en bordel, elles font un espèce de grand nuage. Pis parce qu’elles sont qu’à moi. Elles n’ont pas toujours envie de se rendre visibles aux autres. Pas grave.

C’est l’heure. Enfin presque l’heure. 5 minutes avant. Pas trop tôt, pas trop tard, j’aime bien quand c’est le bon moment, la bonne synchronicité, quand chaque chose que tu fais commence quand elle doit commencer et finit quand elle doit finir. Ca se sent ce genre de choses, je trouve.

J’entre dans le gymnase. Le silence me saute à la tronche. L’ambiance est incroyable. Toutes les personnes présentes sont tellement concentrées, elles concentrent l’air autour d’elles. C’est extraordinairement calme, ça ne résonne pas. Parce que bon les gymnases, ça résonne, habituellement. Ca résonne les rebonds de ballon, les coups de sifflet et les coachs qui gueulent, le brouhaha des enfants, ça pue la sueur, et y’a toujours un courant d’air qui te glace le cul et un parent chiant qui tient absolument à te causer.

Là, chacun fait ce qu’il a à faire. En silence. C’est presque un ballet, minuté. Je n’ai jamais ressenti cela dans un endroit fermé avec tant de monde.

Et puis, je te vois. Posé, comme tu n’es jamais. Précis, comme tu n’es jamais. D’habitude, tu pars dans tous les sens, dans le brouillard de tes idées, tu te diffuses, tu infuses, comme un sachet de thé dans la tasse. Je sais que toi aussi tu en as plein la tête, des idées, tout le temps. Mais là, tu n’es que là, dans l’instant, au bout de ta flèche. Focus.

La séance est finie, et je réalise à quel point cette discipline te va bien. Elle est pleine d’étapes bien définies, de rituels, presque. Tu poses ton arc. Tu attends le signal. Tu vas récupérer tes flèches. Tu enlèves ta protection. Tu ranges, les flèches, le carquois, la dragonne. Tu fais la queue pour utiliser le bout de salle où on démonte l’arc, et où on le range soigneusement pour la prochaine fois. C’est la première fois que je te vois soigneux. Je suis bluffée.

Et c’est seulement là que tu t’aperçois de ma présence. Tu me souris. Tu finis ce que tu fais, tu me rejoins.

Mamaaaaaaaan !!!! Tu me montres un haka, tu ne sais plus où tu as mis ton cartable, tu enfiles juste une manche de manteau, à l’envers, et tu sautilles partout quand on part.

Le sachet de thé, quoi.

Capture

La vie est une sinusoïde. Pour tout, tout le temps. Le bonheur, la tristesse, les envies, la chance. Et même pour l’action elle-même : des moments le nez dans le guidon, jusqu’à écoeurement ou épuisement, suivis de moments de contemplation, de réflexion, de plénitude. J’aimerais bien mixer les deux, mais je n’y arrive pas. Dans mes interactions avec mes semblables, c’est un peu pareil. J’éprouve une réelle fascination, et un réel plaisir à observer les Autres vivre et interagir, tout cela teinté d’un réconfort attendri quand ce sont mes proches, mais cela me sort du jeu. Pourtant j’aime aussi être en train de vivre, de rire, de danser, de profiter de ma relation à l’autre, mais quand je le fais, je ne suis plus aussi attentive. Ça m’énerve un peu, j’aimerais vraiment pouvoir en même temps vivre le moment et l’observer, actrice et témoin en simultané. Mais il semble que l’un soit excluant de l’autre et que nous soyons condamnés à faire la balançoire entre les deux… en traînant un peu plus d’un bord ou de l’autre selon affinités.

La photographie est un bon indicateur. Les soirées où je ris beaucoup, où je m’amuse, les moments les plus intenses de ma vie, je ne prends pas une seule photo.

Parce que la photographie, c’est l’observation par excellence. Le fait de capter un moment et de le rendre exactement comme il était, au plus près de la vérité, de son essence, de son intention. Ou au plus esthétique, selon tes capacités techniques de photographe et ton envie.

Je manque de technique, moi. Mais pas lui.

Il s’appelle Tanguy. Ou plutôt Fabien. Mais comme il s’appelle Tanguy Fabien, Fabien Tanguy, ça se mélange et je ne sais jamais distinguer le prénom du nom. Je suis sûre c’est fait exprès, pour brouiller les pistes. En même temps Fabien ça serait bizarre comme nom de famille. Mais je me trompe quand même.

Il est discret. Les discrets, ce sont des bons. Les photographes que tu ne flaires pas à 100 km, ceux que tu ne vois pas te viser. Il est l’ombre que tu n’as pas vue mais qui a capté tout ce qu’il fallait capter. Hop dans la boîte.

Il est d’ici. Pas parce que son nom. Parce que ses photos. Parce que sa tronche, sa gueule de finistérien. Une tronche à la Miossec, une tronche de marin, de mineur. Des yeux, le perçant des yeux avec du visage buriné tout autour. Bon, je me projette, je transpose. En vrai, je le connais pas tant que ça Fabien. Ou Tanguy. Mais je crois que je le sais. Attends, je vais te montrer, ça sera plus simple, tu vas voir de suite de quoi je cause.

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Tu la vois là, l’intensité de l’observateur? C’est parce que c’est le bout du monde. Alors on scrute, on fait le guet, on ne sait jamais ce qui peut arriver de l’autre côté de la mer. (Et oui, je m’ajoute, en photo volée à côté de belles photos posées, j’ai le droit, je projette, je te dis.)

Et du coup, ses photos … ses photos, c’est même pas qu’elles résonnent. Je ne sais pas comment te dire, si t’es pas d’ici tu peux pas comprendre une telle évidence. On appartient à cette terre, à cette ville, on la tisse, on en est l’essence, et elle est l’essence de nous. Et du coup, on se reconnaît, entre nous. Fabien, tu lis dans ses photos qu’il est d’ici. Parce que ses photos c’est ici, c’est lui, c’est moi, c’est Brest, c’est ce magma, il l’attrape avec son oeil qui perce, il en fait de la magie avec ses photos, et il te ressort… toi. Parce que tout ça c’est rien que des fibres de la même étoffe.

Tu devines des fantômes, sur ses clichés, des fois? Eh bin, il les a capturés avec des canettes de coca. Véridique. On sait tout faire, au bout du monde.

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Tu veux en savoir plus? C’est normal. Tu peux aller là : Facebook, ou là : Flickr! (parce qu’il ne fait pas que des clichés de Brest et du Finistère, en terme de créativité, il bouillonne, le monsieur).

NYC #1

NY

Sans filtre.

D’abord c’est la couleur.

New York en cette fin Mars est ocre. D’abord jaune. Des herbes rases, pailleuses, mortes de froid, abîmées par la glace. Des couleurs de montagne en hiver, lorsque la neige fond pour révéler la terre endormie.

Et puis, le jaune glisse lentement vers le rouge. Terre, fumées de cheminées d’entrepôts, d’usines, ciel de neige, murs de briques. Révolution industrielle, rien n’a bougé. Fer, acier, briques rouges.

Ici, au bout du monde, on vit dans le bleu, dans le vert, même le gris est lumineux. Il ne fait jamais assez froid ou assez chaud pour cramer le vert. Alors, fatalement, il faut un temps d’adaptation pour vivre dans le sepia.

Pas si long, en fait.

Le cerveau de bouddha #1

C’était un bouquin, dans le tas des nouveautés du mois à la bibliothèque. Le titre accroche, et puis je vois « Préface de Christophe André », tiens, ça continue plutôt bien, et sous-titre somme toute assez surprenant : « Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences ».

Dans la même lignée, l’année dernière, j’avais lu « Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen. Ce livre explique scientifiquement quels mécanismes du cerveau l’éducation bienveillante (ou pas ) active (ou pas), et quelles peuvent être les conséquences sur la construction biologique et psychologique de l’enfant. Un peu répétitif, ce qui est fort dommage parce que le fond est juste passionnant.

Ce livre-ci va plus loin.

Il tente de connecter d’une part neurobiologie et psychologie mais également de relier ces deux disciplines avec un certain nombre de préceptes et enseignements bouddhistes.

Ce livre fait particulièrement écho à ce que je suis en train d’expérimenter de façon empirique. Comme tous les parents du monde, le fait de devenir parent a complètement (et continue constamment) de bouleverser mon approche au monde. Chaque jour apporte son lot de questionnements, de remises en question, de tâtonnements. Le travail sur les émotions est je pense incontournable, peu importe l’enfant, peu importe le parent… et qui dit travail sur les émotions des autres, dit forcément travail sur ses propres émotions. Et force est de constater que la méditation, la contemplation, le détachement de ses pensées, toutes ces techniques directement importées de l’enseignement bouddhiste entraînent réellement le cerveau à d’autres modes de fonctionnement, d’autres modes de fonctionnement plus adaptés, c’est à dire qui nous font moins souffrir et font moins souffrir les autres.

Je fais partie des gens qui ne sont pas fatalistes sur la capacité à l’être humain à changer, de façon individuelle, ou collective. Nous sommes les preuves vivantes, que d’une part, toute personne souhaite évoluer vers un meilleur elle-même, et d’autre part, que nous ne sommes pas les mêmes tout au long de notre vie, notre expérience nous forge.

Eh bien, biologiquement, cela est visible et se constate : quand l’esprit change, le cerveau change aussi. De nouvelles connexions neuronales se créent constamment.

Pour 100 milliards de neurones qui se déchargent ou non, le nombre de combinaisons possibles est approximativement de 10 puissance un million, c’est à dire 1 suivi d’un million de zéros : c’est le nombre d’états possibles de votre cerveau. En comparaison les atomes de l’univers sont estimés à « seulement » 10 puissance 80.

En apprenant à activer correctement certains états cérébraux, on peut tous modifier notre cerveau pour aller vers plus de paix intérieure, et de meilleures relations interpersonnelles.

Dans une autre vie, j’ai vécu ce qu’on appelle des crises d’angoisse, ou des attaques de panique. Florence Foresti décrit très bien le phénomène dans un de ses sketches : « à un moment, celui où tu t’y attends le moins, tu crois que tu vas crever. Tout simplement ». Ça bouffe le moral, le corps, ça empêche de vivre. Et si tu veux te sortir de là, tu n’as pas d’autre choix que désapprendre à ton cerveau ce qu’il croit savoir et de lui apprendre autre chose. C’est possible. J’y suis arrivée. C’est long, mais ça se fait. Je ne sais plus qui avait utilisé l’image d’une montagne de sable. On fait couler de l’eau depuis le haut de cette colline de sable. L’eau trace un chemin, et à force, le grave, et du coup, toute l’eau, toute la pluie qui tombe emprunte ce chemin. Il faut forcer l’eau à passer par un autre chemin. Mais les premières pluies suivantes, l’eau a envie de reprendre son premier chemin, parce qu’il est profondément gravé. Mais plus le temps passe, et moins il faut faire d’effort pour obliger l’eau à prendre l’alternative… jusqu’à ce qu’il devienne à son tour, le chemin gravé le plus profondément.

Je fais également partie de ceux qui croient que rien n’est inutile. Que chaque chose positive que l’on dépose en ce monde participe à le rendre meilleur. Nous avons tous la main pour faire quelque chose. Vous l’avez constaté cette semaine, 4 millions d’individus qui décident de se lever, eh bien c’est une foule. Alors ce livre c’est une bouffée d’oxygène doublée d’un guide pratique.

Le livre se décline en 4 parties : origines de la souffrance, bonheur, amour et sagesse. Je reviendrai plus tard vous causer de chaque chapitre, une fois que je les aurai digérés.

Mais elle est comment, l’eau?

Piscine de Kerhallet, Brest, Mercredi midi, 12h45.

Nager c’est bien. Ça vide la tête, le corps, ça lave… Le Mercredi midi c’est un peu le jour des vieux. Ils se retrouvent, ils pataugent, ils gloussent, ils flirtent, ils minaudent. Je leur donne pas moins de 70 ans. Des fois ils nagent drôlement bien aussi, je me dis que purée si je pouvais avoir la même énergie à leur âge, ça serait plutôt chouette.

Tic tac, il est l’heure de sortir du chlore. Je passe sous la douche. Je suis seule, mais bientôt plus. Leurs éclats de rire les précèdent, on dirait deux adolescentes. L’une d’entre elles me demande « elle est comment l’eau ? ». Le pire, c’est que je ne réfléchis même pas avant de répondre. « Un peu plus froide que d’habitude ». « Bin oui, c’est ce qu’on trouve aussi, ces derniers temps. J’ai eu froid moi la semaine dernière, dit l’une ». « Faudra leur dire hein, renchérit l’autre. Non, mais c’est important, faut leur dire.» Et puis elle re-pouffe. Elles ont leur petit rituel, leurs tongues, leur savon, leur rinçage, on frotte bien.

Je souris. Je finis de me rincer.

Au moment où je m’éloigne, un homme arrive dans l’espace douche de mes deux mamies. Ton péremptoire. « Ah non, les hommes c’est à côté. » Ton de la réponse légèrement pincé en retour. « Non, j’ai été demander au maître nageur, en fait il n’y a pas de douches ou de vestiaires réservé aux hommes. » Il avait donc visiblement déjà été exclu des douches numéro un, ce qui en soi est assez amusant, mais en plus, il avait été s’assurer de la véracité du truc. (Des gosses, je vous dis)

Je n’entends pas la fin de la conversation. Je souris encore. Une nageuse, croisée dans le couloir me rend mon sourire et me chuchote : « oh bin non, on est en 2014 quand même, y’a plus de douches réservées ».

Quand je me change, mes mamies squattent les cabines à côté des miennes, et j’entends la suite.

« Oh, ça ne me plait pas du tout, ça. Faudra leur dire. » « Moi, j’enlève mon maillot là bas, hein, je vais pas me mettre à poil devant le gars quand même ! » « Ah oui moi j’étais ahurie COMPLET ». (Oh punaise, cette construction de phrase à la bretonne, j’avais juste envie de rajouter « que c’est » à la fin.)

Y’a pas vraiment de chute à mon histoire. Des fois j’ai l’impression d’être déjà très vieille, des fois j’en reviens pas de l’âge que j’ai, des fois je me demande quelle genre de vieille je serai, mais plus j’avance dans la vie, et plus je m’aperçois que le gosse à l’intérieur, c’est toujours le même… et qu’adulte-trentenaire-quarantenaire, c’est juste une parenthèse où tu l’étouffes un peu.

Ou pas.