Capture

La vie est une sinusoïde. Pour tout, tout le temps. Le bonheur, la tristesse, les envies, la chance. Et même pour l’action elle-même : des moments le nez dans le guidon, jusqu’à écoeurement ou épuisement, suivis de moments de contemplation, de réflexion, de plénitude. J’aimerais bien mixer les deux, mais je n’y arrive pas. Dans mes interactions avec mes semblables, c’est un peu pareil. J’éprouve une réelle fascination, et un réel plaisir à observer les Autres vivre et interagir, tout cela teinté d’un réconfort attendri quand ce sont mes proches, mais cela me sort du jeu. Pourtant j’aime aussi être en train de vivre, de rire, de danser, de profiter de ma relation à l’autre, mais quand je le fais, je ne suis plus aussi attentive. Ça m’énerve un peu, j’aimerais vraiment pouvoir en même temps vivre le moment et l’observer, actrice et témoin en simultané. Mais il semble que l’un soit excluant de l’autre et que nous soyons condamnés à faire la balançoire entre les deux… en traînant un peu plus d’un bord ou de l’autre selon affinités.

La photographie est un bon indicateur. Les soirées où je ris beaucoup, où je m’amuse, les moments les plus intenses de ma vie, je ne prends pas une seule photo.

Parce que la photographie, c’est l’observation par excellence. Le fait de capter un moment et de le rendre exactement comme il était, au plus près de la vérité, de son essence, de son intention. Ou au plus esthétique, selon tes capacités techniques de photographe et ton envie.

Je manque de technique, moi. Mais pas lui.

Il s’appelle Tanguy. Ou plutôt Fabien. Mais comme il s’appelle Tanguy Fabien, Fabien Tanguy, ça se mélange et je ne sais jamais distinguer le prénom du nom. Je suis sûre c’est fait exprès, pour brouiller les pistes. En même temps Fabien ça serait bizarre comme nom de famille. Mais je me trompe quand même.

Il est discret. Les discrets, ce sont des bons. Les photographes que tu ne flaires pas à 100 km, ceux que tu ne vois pas te viser. Il est l’ombre que tu n’as pas vue mais qui a capté tout ce qu’il fallait capter. Hop dans la boîte.

Il est d’ici. Pas parce que son nom. Parce que ses photos. Parce que sa tronche, sa gueule de finistérien. Une tronche à la Miossec, une tronche de marin, de mineur. Des yeux, le perçant des yeux avec du visage buriné tout autour. Bon, je me projette, je transpose. En vrai, je le connais pas tant que ça Fabien. Ou Tanguy. Mais je crois que je le sais. Attends, je vais te montrer, ça sera plus simple, tu vas voir de suite de quoi je cause.

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Tu la vois là, l’intensité de l’observateur? C’est parce que c’est le bout du monde. Alors on scrute, on fait le guet, on ne sait jamais ce qui peut arriver de l’autre côté de la mer. (Et oui, je m’ajoute, en photo volée à côté de belles photos posées, j’ai le droit, je projette, je te dis.)

Et du coup, ses photos … ses photos, c’est même pas qu’elles résonnent. Je ne sais pas comment te dire, si t’es pas d’ici tu peux pas comprendre une telle évidence. On appartient à cette terre, à cette ville, on la tisse, on en est l’essence, et elle est l’essence de nous. Et du coup, on se reconnaît, entre nous. Fabien, tu lis dans ses photos qu’il est d’ici. Parce que ses photos c’est ici, c’est lui, c’est moi, c’est Brest, c’est ce magma, il l’attrape avec son oeil qui perce, il en fait de la magie avec ses photos, et il te ressort… toi. Parce que tout ça c’est rien que des fibres de la même étoffe.

Tu devines des fantômes, sur ses clichés, des fois? Eh bin, il les a capturés avec des canettes de coca. Véridique. On sait tout faire, au bout du monde.

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Tu veux en savoir plus? C’est normal. Tu peux aller là : Facebook, ou là : Flickr! (parce qu’il ne fait pas que des clichés de Brest et du Finistère, en terme de créativité, il bouillonne, le monsieur).

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XII Orphelins

Je me suis retenue d’ajouter à ce titre : virgule, du rock fort. Parce que cette blague est une blague de père, et que vraiment c’est pas possible. (Tu sais, les blagues dont tu as honte, mais qui sortent naturellement de ta bouche tellement elles sont ancrées dans ton inconscient, ton conscient et ton héritage génétique.)

Parce que Samedi soir, on est allés à un concert de rock, avec Jules.

Au milieu de la presqu’île de Plougastel. Oui, parce qu’au milieu de la presqu’île de Plougastel, à Keralcun, il y a des fraises, certes, mais aussi un bar qui fait café concert. Tiens, d’ailleurs, le saoulôt de base du bar du milieu de la presqu’île de Plougastel, pour accompagner son ballon de rouge qui tâche ou son demi, bin il picore des fraises en barquette. Posée sur le zinc. Promis, j’invente rien.

Pour que tu mesures le degré d’improbabilité du lieu, je te montre (pour rappel plus c’est gris plus c’est la ville, plus c’est vert, plus c’est des arbres ou assimilés) :

Keralcun

Voilà, le décor est planté.

On est allés à ce concert, parce que le bassiste, Bertrand, est un ami. (oui, parce que j’avais écrit guitariste : « Mais n’importe quoi on dit pas une guitare, on dit une basse, quand c’est une basse _ Oui mais c’est quand même une guitare, non ? _ Oh ta gueule t’es chiante, de toute façon t’y connais rien.. ».)

Alors, pas un ami de 20 ans, un ami un peu neuf. De ceux dont tu apprécies les résonances, avec qui tu ris peu importe le nombre de verres, dont les enfants t’appellent par ton prénom… mais avec qui t’as pas de lointain passé sulfureux. Pas de ceux qui t’ont vu boutonneux(se), draguer péniblement à l’adolescence, pas de ceux qui t’ont connu avec toutes les longueurs/couleurs de cheveux, de barbe (raaa, ça va, je ne parle pas pour moi), pas de ceux avec qui tu es monté à 8 dans une voiture, et perdu en tentant de rejoindre une fête improbable ou un plan pourri quelconque comme on en rencontre qu’ »avant » (les enfants, la trentaine, remplace par le mot qui va bien), pas de ceux sur l’épaule de qui tu as pleuré tes premières amours et qui savent qu’avant tu voulais être astronaute ou avocat en droit international (si, c’est possible, parce que moi à un moment, je voulais vraiment être avocate en droit international).

C’est pas grave hein, tout le monde peut pas être un ami de 20 ans.

Mais du coup, on l’a découvert, ce Bertrand bassiste. Lui, et son groupe. Ou plutôt, lui, dans son groupe. Parce qu’il y a une vraie alchimie entre tous ceux là. Ca se mélange, ça se déteint, ça se colore, ça se laisse la place, je ne sais pas trop comment ça se passe à vrai dire, mais ça fonctionne. Et ça fonctionne bien. C’est fin, c’est parfois drôle, parfois improbable,  ça oublie pas d’être un peu du rock de bonhomme de temps en temps parce que faut pas déconner, bordel de cul. En fait, j’écris ça, et je me dis que ça lui ressemble quand même pas mal, à Bertrand.

XII

Oh, le beau logo.

Tu noteras, XII Orphelins, c’est un nom rigolo et plutôt classieux, avec un logo rigolo, et bien propic.

Bon, après, le pourquoi du nom, (et pourtant tu sais que je suis pas bégueule et que je ne crache pas sur une petite base de provocation), est beaucoup trop abominable pour la mère de famille que je suis pour être raconté sans faire de cauchemars (XII Orphelins, Le Nom Qui Ne Peut Etre Expliqué, un peu comme la fricadelle, tiens).

Comme ça va attiser ta curiosité, je te connais bien, tu vois, t’auras qu’à aller leur poser la question directement ou te balader sur leur tumblr…Clique ou leur page facebook re-clique.

Si tu veux écouter quéqu-zuns des morceaux de notre soirée, voici ma sélection : le combo ukulele-violon de « Marie », pour voyager, (pis bon le violon , quand t’aimes danser le tzigane, ça cause toujours hein…) et les supra- efficaces « Backtoub » et « Saint Brieuc », parce que c’est bon d’être chauvin de la Bretagne et de toute façon on y peut rien.

(Pourtant… rappelle moi de te parler de Saint Brieuc un jour, j’y suis née, je m’y suis mariée, et je ne m’y suis jamais sentie chez moi… une ville étrangère, c’te ville, sans âme, tellement rien à voir avec Brest…Bref ! )

Voilà, c’était trop foufou, un concert de rock en semaine, mais qu’est ce qui nous arrive, Jules ? C’était chouette, j’ai mangé des fraises, des frites, à un moment les deux en même temps, ce qui est bien mais pas top, j’ai roulé de nuit dans le trou du cul du monde dans une Twingo, ça m’a rappelé ma folle jeunesse.

Alors merci XII Orphelins !

L’Art et Création.

L'art et création, à Daoulas

De Brest, quand on se dirige vers le désert ocre et râpé du milieu de la Bretagne, à un moment, on croise Daoulas. Daoulas, c’est un petit village breton, mignonnet, fleuri et typique, qui a la particularité d’abriter une ancienne abbaye reconvertie en abri d’expositions temporaires. Je dirai même de putain d’expositions temporaires. Le lieu est magique, imposant, et les expos (à thèmes : civilisations du Monde) sont toujours très bien ficelées, ce qui fait qu’à chaque fois que j’y vais, c’est un mixte entre Brocéliande et Disneyland. Je ne suis pas sûre de le vendre, là, mais je l’assure : dépaysement garanti, plein les mirettes.

La dernière fois que je suis allée visiter l’abbaye,  je suis passée devant l’ancienne école. Un panneau m’invitait à y entrer : « L’art et création, Ateliers permanents de créateurs ». Moi j’aime bien les ateliers d’artistes. Ça sent la craie, la colle, la peinture,  c’est pas trop bien rangé, c’est pas trop neuf, les objets sont pleins de vie. Et puis, y’a la personne derrière ce gentil bazar. Celle qui a la générosité de te laisser entrer dans son espace de création (jamais je ne pourrais faire ça, je ne supporte ni qu’on me regarde écrire, ni qu’on me regarde chorégraphier…). Forcément, si on me prête un petit bout d’intime et d’authentique, j’ai tendance à le prendre. Alors je suis entrée. J’imaginais un tout petit lieu, un atelier et basta (je n’avais pas tout de suite repéré que c’était l’ancienne école), mais en fait le lieu est à tiroirs… la première partie donne sur la cour (de récré!) qui elle-même une fois traversée, amène à d’autres bâtiments. Des volumes, plein d’espace pour faire bouillonner les cerveaux.

Tout de suite, on sent que c’est pas un de ces lieux où tu regardes, et si-t’achètes-pas-tu-sors. Avec des objets étiquetés de prix, entassés les uns sur les autres, dans une densité au m2 qui ne te laisse plus de place. Pas non plus une de ces vitrines à touristes, où tu te sens étranger non averti dès que tu rentres. Non. Ici, on t’invite à la découverte, à la rencontre, au partage. Tout est à l’avenant pour te laisser flâner, tu peux t’asseoir, tu peux amener ton pique nique, tu peux gribouiller à la craie sur un vieux tableau vert. L’esprit de l’ancienne école est là, il n’y ont pas touché…

Je crois intimement que ce genre d’initiatives, qui ouvrent le dialogue, qui amènent à se poser, à profiter,  à partager, à encourager la création, ça fait du bien aux gens. J’ai l’intuition que c’est ce qu’il nous faut. Et c’est la meilleure réponse, en tout cas la plus constructive et la plus positive à opposer à la masse-consommation, qui, même si j’y souscrit moi même à intervalles réguliers, sans cracher dessus toujours, a tendance à diluer et faire oublier les valeurs qui comptent. (Si tu ne sais pas reconnaître une valeur ou un moment qui compte, je vais te le dire : c’est le souvenir que ta mémoire te rend 10 ans après. Ou, une fois adulte, ce sont les moments de ton enfance qui te reviennent. Crois moi, c’est rarement l’achat du nouvel Iphone, ou une séance de courses au supermarché.)

Ça, c’est pour le lieu. De ses habitants, je ne peux pas te dire autre chose que ce que j’ai ressenti de leur travail, parce que je ne leur ai pas parlé. Ou pas beaucoup. D’une part, une bonne moitié n’était pas à poste, et, d’autre part, ça ne m’est pas toujours simple d’aller « juste discuter ».

J’ai vu de la nostalgie à l’état brut, j’ai vu la profondeur de ce qui a été travaillé par la main, j’ai vu des meubles poudrés, j’ai vu des porte-manteaux rigolos, j’ai vu des bijoux de verres polis et recrachés par les vagues, j’ai vu des jupes en patchwork de tissus donnés au secours populaire. J’ai vu pas mal de jamais-vu. J’ai vu des trucs qui m’ont causé. J’ai vu des trucs un peu chers pour mon porte monnaie… mais quand on y pense, pas tant que ça, pas beaucoup plus que ce qu’on trouve dans les enseignes commerciales. Et tout ça, c’est de la récup’. Tout ça, c’est fait avec des objets qui ne veulent pas mourir. Qui ont encore des choses à dire, et encore une place à trouver dans un salon, une chambre, une main d’enfant.

Ces gens ont du talent, ces gens ont raison, il faut les encourager. Ils font un marché de Noël, les 3 et 4 décembre, ne le loupez pas!

Si vous voulez aller voir de plus près, c’est par ici.

Serena.

Serena est une bulle de soleil. Elle irradie, elle réchauffe, elle illumine.

Dès que vous mettez un pied dans son univers, ça rit, ça chante, ça respire la gentillesse et ça sent bon…  Faut dire, elle est mariée à un cuisinier, Serena. Alors forcément, ça sent bon chez elle.

Serena, elle te prend la vie, elle te prend les emmerdes, et hop elle te les retourne comme une crêpe et elle te fait de la joie avec.

Serena à son bureau (cabines d'essayage)

Elle est dans un couple mixte comme on dit… bin oui elle est italienne, Serena. Avec un bon bout des clichés associés : de l’amour des chaussures à celui des spaghettis. D’ailleurs on la surnomme la Nouille. Sauf que dans son couple, c’est sa moitié française qu’on traite d’étranger. Il a pas la bonne couleur ni le bon prénom, Samir, à ce qu’il parait. Mais elle s’en fout. Ca glisse. Bon c’est pas vrai, y’a des jours, ça glisse pas, les insultes, les affronts, les humiliations, les sous-entendus, pis elle a pas envie que ses petits métisses subissent la même chose. Mais quand même. Bien souvent, elle a autre chose à faire, Serena, que s’occuper de tout ça. Elle est bien trop occupé à vivre et à rire. Et c’est ça, sa plus belle réponse, c’est son bonheur, sa bonne humeur, son calme, sa gentillesse, la tendresse et la compréhension mutuelle, qui émanent de son couple et qui manquent à tant…

Alors forcément comme métier, elle pouvait pas choisir quelquechose d’autre que faire du bien aux autres. Comme une magicienne. Comme une bonne fée qui viendrait te chercher à côté de ta citrouille, et d’un coup de baguette, te transformerait en princesse à la robe qui paillette et qui froufroute.

En langage moderne, on dit coach en image. En vrai, c’est vachement mieux que ça. Un jour j’ai mis une photo de mes pieds sur le net et j’ai gagné une journée Cendrillon avec Serena. J’ai pris le train, j’ai traversé la France, elle m’a accueillie et m’a rendue plus belle. De dehors, mais surtout de dedans.

Rendre de la féminité aux femmes, ce n’est pas superficiel. Faire qu’une personne s’accepte un tout petit peu plus, s’aime un tout petit peu plus, ce n’est pas superflu. C’est la base de tout.

Aime toi, le ciel t’aimera. Et merci la Nouille.

Serena, Seebysé, coach en image.
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