Meurtres pour rédemption – Karine Giebel

giebelJe ne sais pas combien de pages. Beaucoup. Lues en 48 heures. Dont une nuit.

Ça fait une éternité qu’un livre ne m’a pas tenue en haleine. C’est même pas un polar, pourtant. Y’a même pas d’intrigue de folie. Y’a juste que tu colles aux basques de l’héroïne et que t’as pas envie de la lâcher d’un souffle.

J’ai regardé Midnight express vers mes 12 ans. Un peu trop jeune, pourrait-on croire, mais non. La violence du film m’avait moins traumatisée que Robocop, vu au même âge. En revanche, je me souviens. De l’intensité du film, des émotions dans le bide, de la gerbe, de la fascination horrifiée face à la découverte de la vie carcérale. Ce sont les mêmes teintes dans ce livre.

J’ai aussi beaucoup retrouvé la colère de Lee, fil conducteur de « J’irai cracher sur vos tombes ».

En revanche, c’est la première fois qu’un personnage me laisse une si forte impression. Peut être parce que Marianne ne ressemble à aucune autre héroïne. Peut être parce que l’histoire décrit une femme qui se débat dans son humanité, et que ça, ça tape dans ce qui me prend le plus au bide.

Costaud. Puissant. Noir, certes, mais.. je ne sais pas. Je n’ai pas cauchemardé, ça ne m’a pas hanté, comme des Grangé ont pu le faire. Je crois que c’est parce que je soupçonne Grangé de prendre plaisir aux horreurs, aux descriptions ignobles, au gore qu’il met dans ses romans. Je ne lis pas pour jouer à me faire peur, je n’ai jamais aimé les films d’horreur. Ici ce n’est pas gore. C’est violent, sans complaisance. (Et puis personne ne crame)

Ou alors peut être qu’en vieillissant, tu intègres que la noirceur, elle existe, même à dose infinitésimale, dans toute chose. Comme la lumière.

 

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Le cerveau de bouddha #1

C’était un bouquin, dans le tas des nouveautés du mois à la bibliothèque. Le titre accroche, et puis je vois « Préface de Christophe André », tiens, ça continue plutôt bien, et sous-titre somme toute assez surprenant : « Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences ».

Dans la même lignée, l’année dernière, j’avais lu « Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen. Ce livre explique scientifiquement quels mécanismes du cerveau l’éducation bienveillante (ou pas ) active (ou pas), et quelles peuvent être les conséquences sur la construction biologique et psychologique de l’enfant. Un peu répétitif, ce qui est fort dommage parce que le fond est juste passionnant.

Ce livre-ci va plus loin.

Il tente de connecter d’une part neurobiologie et psychologie mais également de relier ces deux disciplines avec un certain nombre de préceptes et enseignements bouddhistes.

Ce livre fait particulièrement écho à ce que je suis en train d’expérimenter de façon empirique. Comme tous les parents du monde, le fait de devenir parent a complètement (et continue constamment) de bouleverser mon approche au monde. Chaque jour apporte son lot de questionnements, de remises en question, de tâtonnements. Le travail sur les émotions est je pense incontournable, peu importe l’enfant, peu importe le parent… et qui dit travail sur les émotions des autres, dit forcément travail sur ses propres émotions. Et force est de constater que la méditation, la contemplation, le détachement de ses pensées, toutes ces techniques directement importées de l’enseignement bouddhiste entraînent réellement le cerveau à d’autres modes de fonctionnement, d’autres modes de fonctionnement plus adaptés, c’est à dire qui nous font moins souffrir et font moins souffrir les autres.

Je fais partie des gens qui ne sont pas fatalistes sur la capacité à l’être humain à changer, de façon individuelle, ou collective. Nous sommes les preuves vivantes, que d’une part, toute personne souhaite évoluer vers un meilleur elle-même, et d’autre part, que nous ne sommes pas les mêmes tout au long de notre vie, notre expérience nous forge.

Eh bien, biologiquement, cela est visible et se constate : quand l’esprit change, le cerveau change aussi. De nouvelles connexions neuronales se créent constamment.

Pour 100 milliards de neurones qui se déchargent ou non, le nombre de combinaisons possibles est approximativement de 10 puissance un million, c’est à dire 1 suivi d’un million de zéros : c’est le nombre d’états possibles de votre cerveau. En comparaison les atomes de l’univers sont estimés à « seulement » 10 puissance 80.

En apprenant à activer correctement certains états cérébraux, on peut tous modifier notre cerveau pour aller vers plus de paix intérieure, et de meilleures relations interpersonnelles.

Dans une autre vie, j’ai vécu ce qu’on appelle des crises d’angoisse, ou des attaques de panique. Florence Foresti décrit très bien le phénomène dans un de ses sketches : « à un moment, celui où tu t’y attends le moins, tu crois que tu vas crever. Tout simplement ». Ça bouffe le moral, le corps, ça empêche de vivre. Et si tu veux te sortir de là, tu n’as pas d’autre choix que désapprendre à ton cerveau ce qu’il croit savoir et de lui apprendre autre chose. C’est possible. J’y suis arrivée. C’est long, mais ça se fait. Je ne sais plus qui avait utilisé l’image d’une montagne de sable. On fait couler de l’eau depuis le haut de cette colline de sable. L’eau trace un chemin, et à force, le grave, et du coup, toute l’eau, toute la pluie qui tombe emprunte ce chemin. Il faut forcer l’eau à passer par un autre chemin. Mais les premières pluies suivantes, l’eau a envie de reprendre son premier chemin, parce qu’il est profondément gravé. Mais plus le temps passe, et moins il faut faire d’effort pour obliger l’eau à prendre l’alternative… jusqu’à ce qu’il devienne à son tour, le chemin gravé le plus profondément.

Je fais également partie de ceux qui croient que rien n’est inutile. Que chaque chose positive que l’on dépose en ce monde participe à le rendre meilleur. Nous avons tous la main pour faire quelque chose. Vous l’avez constaté cette semaine, 4 millions d’individus qui décident de se lever, eh bien c’est une foule. Alors ce livre c’est une bouffée d’oxygène doublée d’un guide pratique.

Le livre se décline en 4 parties : origines de la souffrance, bonheur, amour et sagesse. Je reviendrai plus tard vous causer de chaque chapitre, une fois que je les aurai digérés.

[Un mois, un livre] Orgueil et préjugés

Hem. J’éprouve un fond de honte en démarrant ce billet, mais après tout, ne boudons pas notre plaisir.

J’ai lu, non, j’ai dévoré « Orgueils et préjugés », comme je me gavais il y a quelques années de sagas sur M6, développant avec moults rebondissements la vie tumultueuse et amoureuse d’héroïnes diverses, rousses et anglaises pour la plupart, toute raides, drapées dans leur fierté. Fierté qui les empêchait bien évidemment de reconnaître l’amour quand il frappait à leur porte. Alors que nous, spectateurs (ok, spectatrices only) on savait très bien que le grand échalas maladroit, là, qui déboulait à la 15ème minute, c’était l’homme de leur vie.

Voilà, j’ai eu 14 ans le temps d’un livre, mais raaaa que c’était bon, que ça sentait bon l’aristo gentleman farmer brittanique tout en bottes, cravache et cheveux crantés.

J’allais dire que j’avais superposé aux héros les visages de Hugh Grant et Colin Firth tout au long de ma lecture… et visiblement ce dernier a joué dans l’adaptation cinématographique. Comme quoi.

C’est bon, la honte.

(C’est aussi simplement très bien écrit, et l’occasion de découvrir un regard particulièrement aiguisé sur les travers de son époque, mais, avouons-le, c’est tout à fait secondaire face à l’intrigue sentimentale.)

[Un mois, un livre] Le voyage d’Anna Blume, de Paul Auster

Oooh. Voilà exactement ce que j’attendais de ma sélection. Un OVNI. Qui que tu sois qui me l’aies recommandé, je te remercie infiniment.

Happée dès les premières pages, frustrée par la fin, ce livre de fin du monde sans l’ambiance fin du monde, lourdingue et grise-jaunâtre, qu’on nous sert habituellement dans ce registre, s’est laissé lire en quelques heures.

Enfin, je dis fin du monde. Fin d’humanité. S’pas tout à fait pareil.

Intrigant, mystérieux, fascinant, remarquablement écrit, on suit Anna, Anna c’est nous. Ça remue, ça file même pas la gerbe alors que ça devrait, c’est magnifiquement humain alors que ça raconte une ville, une société déshumanisées.

Le voyage d’Anna Blume fait partie de ces livres qui laissent des parts d’ombre, des points de suspension, des interprétations. Je dois dire qu’habituellement ça m’agace, je ne suis pas fan de la fin en eau de boudin, je m’imagine que la personne qui a écrit n’avait plus d’idées et s’est dit « eh bin ils se démerderont avec ça, à eux de remplir les trous ».

Mais là… eh bien là, l’ellipse va bien, l’eau de boudin est buvable. Promis.

 

[Un mois, un livre, complètement en cacahuète] L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera

kunderaOui, je fais n’importe quoi avec mon défi un jour, un livre. Je les lis dans le désordre, je publie les billets correspondants 3 mois plus tard, oui c’est n’importe quoi.

Mis à part ça, Milan Kundera n’est pas mort. Je l’ai découvert en cherchant sa biographie à la fin de ma lecture. Non seulement il n’est pas mort, mais il n’est tellement pas mort qu’il a écrit un livre récemment, à 85 ans : « La fête de l’insignifiance » (qui a atterri aussi sec sur ma liste « To be read »).

Je me demande encore ce que j’ai bien pu y comprendre ou y aimer à ma première lecture, à 14-15 ans. Il faut croire que j’ai une bien mauvaise opinion de mon moi passé ? Mais si je ne me souvenais plus du contenu, je me souvenais de l’enthousiasme, de l’émotion, et du sentiment de « Vérité toute nue» (Kundera dépouille les mythes avec un talent rare), que j’avais éprouvés à la lecture de « l’insoutenable légèreté de l’être ». Je les ai reconnus.

J’avais à l’époque déjà fait totalement abstraction de la dimension politique pour me vautrer dans les considérations amoureuses des personnages… je ne suis pas sûre d’avoir changé tant que cela. Je n’ai pas sauté ces passages, y trouvant un intérêt historique évident, un éclairage différent de la vie des protagonistes, mais ça ne me remue jamais autant que de lire des êtres humains se débattre dans leur vie.

Que dire ? Kundera me remue, me bouleverse. J’aime son regard sans complaisance ni amertume, j’aime l’esthétisme et la sensualité de son écriture, ses précisions, ses flous. Il n’est d’aucun excès, mais il n’est pas neutre non plus. C’est à la fois indéfinissable et clair comme de l’eau de roche. Et c’est cela qui le rend si attirant. Si ce livre était une personne, elle serait l’objet de mon désir.

Voilà qui ne vous apporte pas grand-chose sur le livre. Mais après tout, ce qui me fait ressentir, ressentir fort, je n’ai pas envie de l’analyser, je n’ai pas envie de prendre du recul et de dépassionner ce qui m’enthousiasme.

Donc j’aime ce livre. Profondément.

[Un mois, un livre] Février – Le petit prince, Antoine de Saint Exupéry

Voilà, 2 mois de passés et c’est déjà du gros n’importe quoi dans ma si rigoureuse et travaillée liste de « livres à lire ».

En Février, c’était L’Idiot de Dostoïevski qui était initialement programmé. Le petit Prince arrivait en Mars. A vrai dire, j’ai même fait un peu plus qu’inverser les titres prévus. J’ai commencé une bonne moitié des livres de la liste. Parce que contrairement aux polars que j’ai pris l’habitude d’ingurgiter au kilomètre, Dostoïevski et consoeurs/frères ne se prêtent pas à toutes les humeurs.

Le petit Prince est le premier que j’ai fini.  Je ne l’avais jamais lu. J’en connaissais l’histoire, parce que.. tout le monde la connait. J’avais en tête des extraits, des couleurs.

Déjà à réception, je l’ai trouvé léger… A peine un goût d’apéro, il fait quoi, ce bouquin? 100 pages? Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas la taille qui fait le plaisir…

Bon. Ai-je passé l’âge?

Je suis un peu déçue, comme si la magie de ce bouquin était perdue à jamais pour l’adulte que je suis. Pas d’émerveillement, pas d’émotion si ce n’est à la fin. Je ne sais pas ce que j’attendais.

A côté de ça, j’ai très envie de le faire lire aux enfants, parce que c’est un très joli livre, poétique. Un joli livre pour enfants. Un très bon livre pour enfants, même. Mais un livre pour enfants. Un peu…fade. Il a manqué de relief, de contenu, il ne m’a pas assez nourri.

Je ne sais pas trop quoi penser. A la fois, je me sens blasée, et je trouve ça un peu nul. Et à la fois, bin ça a pas fait tilt, ça a pas fait tilt, ça se force pas. Ou alors j’en attendais trop?

Ce genre d’article plein de perplexité ne peut finir que sur des points de suspension, je trouve…

 

[Un mois, un livre] Janvier : Les dieux voyagent toujours incognito, Laurent Gounelle.

71RdD3r5x3L._SL1500_La logique aurait voulu que j’aimasse (boudiou, parfois, c’est laid, un subjonctif) « Les dieux voyagent toujours incognito ».

C’est vrai, il n’y a pas grand chose dans ce livre avec lequel je ne sois pas d’accord. La phrase prêtée à Gandhi « Vous devez être le changement que vous voulez voir en ce monde »  (prêtée car on ne la retrouve dans aucun de ses discours ni écrits, ceci dit en passant…) , qu’on retrouve citée par deux fois dans le roman, est tatouée sur mon pied (véridique! En version courte, certes, je ne chausse que du 38). Pour dire si l’auteur et moi-même sommes habités par les mêmes convictions.

Alors il faut croire que la logique n’a pas grand chose à faire en matière de résonance artistique…

Le style n’est pas désagréable à lire, fluide, le livre se laisse lire, vraiment. Mais on ne sait pas bien ce qu’on lit. Moi, personnellement, j’attendais un roman. Une histoire. Mais ce n’est pas vraiment un roman. Le problème c’est que ça n’est pas franchement un bouquin de psychologie ou de développement personnel non plus. C’est un espèce d’hybride entre les deux. Du coup, ça fait un roman  au scénario trop léger, aux personnages un peu vidés d’émotion, de substance, qui n’est au fond que prétexte pour exposer les théories de l’auteur.

Comme en plus ces théories me sont plutôt familières, voire instinctives, je n’ai pas particulièrement eu de révélation à la lecture. Et puis c’est un chouilla dogmatique, j’avais l’impression de lire un guide, un manuel. A chaque chapitre, j’avais envie de dire, « Nan, mais je le sais, ça, allez, passe à la suite ».

Je me rappelle ma première lecture de l’Alchimiste. J’avais 15 ans. J’ai eu l’impression d’accéder à une forme supérieure de sagesse, de rentrer en résonance, de découvrir, stupéfaite et exaltée, quelqu’un qui posait des mots sur la vie telle que je me la représentais (alors c’est donc ça, être artiste… toucher à l’essence, à l’universalité de l’être humain…ooooh).

Alors oui, peut être, si j’avais lu l’Alchimiste pour la première fois aujourd’hui, 20 ans plus tard, peut être que la magie n’aurait pas opéré. Peut-être. Mais au moins, dans l’Alchimiste, il y a une histoire, une épopée, un souffle d’aventure.

Bon, voilà, vous l’aurez compris, j’attendais un voyage, je suis restée dans mon canapé. On y est bien, hein, c’est pas ça. Mais c’est pas follement follement exotique.