Le cerveau de bouddha #1

C’était un bouquin, dans le tas des nouveautés du mois à la bibliothèque. Le titre accroche, et puis je vois « Préface de Christophe André », tiens, ça continue plutôt bien, et sous-titre somme toute assez surprenant : « Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences ».

Dans la même lignée, l’année dernière, j’avais lu « Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen. Ce livre explique scientifiquement quels mécanismes du cerveau l’éducation bienveillante (ou pas ) active (ou pas), et quelles peuvent être les conséquences sur la construction biologique et psychologique de l’enfant. Un peu répétitif, ce qui est fort dommage parce que le fond est juste passionnant.

Ce livre-ci va plus loin.

Il tente de connecter d’une part neurobiologie et psychologie mais également de relier ces deux disciplines avec un certain nombre de préceptes et enseignements bouddhistes.

Ce livre fait particulièrement écho à ce que je suis en train d’expérimenter de façon empirique. Comme tous les parents du monde, le fait de devenir parent a complètement (et continue constamment) de bouleverser mon approche au monde. Chaque jour apporte son lot de questionnements, de remises en question, de tâtonnements. Le travail sur les émotions est je pense incontournable, peu importe l’enfant, peu importe le parent… et qui dit travail sur les émotions des autres, dit forcément travail sur ses propres émotions. Et force est de constater que la méditation, la contemplation, le détachement de ses pensées, toutes ces techniques directement importées de l’enseignement bouddhiste entraînent réellement le cerveau à d’autres modes de fonctionnement, d’autres modes de fonctionnement plus adaptés, c’est à dire qui nous font moins souffrir et font moins souffrir les autres.

Je fais partie des gens qui ne sont pas fatalistes sur la capacité à l’être humain à changer, de façon individuelle, ou collective. Nous sommes les preuves vivantes, que d’une part, toute personne souhaite évoluer vers un meilleur elle-même, et d’autre part, que nous ne sommes pas les mêmes tout au long de notre vie, notre expérience nous forge.

Eh bien, biologiquement, cela est visible et se constate : quand l’esprit change, le cerveau change aussi. De nouvelles connexions neuronales se créent constamment.

Pour 100 milliards de neurones qui se déchargent ou non, le nombre de combinaisons possibles est approximativement de 10 puissance un million, c’est à dire 1 suivi d’un million de zéros : c’est le nombre d’états possibles de votre cerveau. En comparaison les atomes de l’univers sont estimés à « seulement » 10 puissance 80.

En apprenant à activer correctement certains états cérébraux, on peut tous modifier notre cerveau pour aller vers plus de paix intérieure, et de meilleures relations interpersonnelles.

Dans une autre vie, j’ai vécu ce qu’on appelle des crises d’angoisse, ou des attaques de panique. Florence Foresti décrit très bien le phénomène dans un de ses sketches : « à un moment, celui où tu t’y attends le moins, tu crois que tu vas crever. Tout simplement ». Ça bouffe le moral, le corps, ça empêche de vivre. Et si tu veux te sortir de là, tu n’as pas d’autre choix que désapprendre à ton cerveau ce qu’il croit savoir et de lui apprendre autre chose. C’est possible. J’y suis arrivée. C’est long, mais ça se fait. Je ne sais plus qui avait utilisé l’image d’une montagne de sable. On fait couler de l’eau depuis le haut de cette colline de sable. L’eau trace un chemin, et à force, le grave, et du coup, toute l’eau, toute la pluie qui tombe emprunte ce chemin. Il faut forcer l’eau à passer par un autre chemin. Mais les premières pluies suivantes, l’eau a envie de reprendre son premier chemin, parce qu’il est profondément gravé. Mais plus le temps passe, et moins il faut faire d’effort pour obliger l’eau à prendre l’alternative… jusqu’à ce qu’il devienne à son tour, le chemin gravé le plus profondément.

Je fais également partie de ceux qui croient que rien n’est inutile. Que chaque chose positive que l’on dépose en ce monde participe à le rendre meilleur. Nous avons tous la main pour faire quelque chose. Vous l’avez constaté cette semaine, 4 millions d’individus qui décident de se lever, eh bien c’est une foule. Alors ce livre c’est une bouffée d’oxygène doublée d’un guide pratique.

Le livre se décline en 4 parties : origines de la souffrance, bonheur, amour et sagesse. Je reviendrai plus tard vous causer de chaque chapitre, une fois que je les aurai digérés.

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Ce verbe qui n’existe pas

Ces derniers temps, j’ai expérimenté un changement dans mon état, dans l’état de mes perceptions. Comme vous le savez, ou pas, la mort programmé de la structure qui m’emploie encore pour quelques semaines génère une masse (incompressible) de temps  à occuper. Alors je surfe. Et comme il faut bien le dire, je me fais vite chier, j’essaie de surfer avec discernement.

Parce que bon, nombrilisme-réflexe oblige, on peut très bien passer une journée sur Twitter en compagnie de journalistes et politiques français, et se contenter de savoir si tel homme politique s’est curé le nez, et quel sera le mot ou la boulette du jour. Et avoir l’impression de maîtriser les tenants et aboutissants de notre monde. Le fait est qu’une fois fait le tour des blogs de gauche tapant hommes et femmes de droite et des blogs de droite moquant hommes et femmes de gauche, eh bien je trouve qu’on tourne un peu en rond. Enfin moi j’y tourne un peu en rond. Oui on s’indigne, oui des choses sont inadmissibles, oui, il faut qu’on le sache, oui, on va tous mourir. (et après?) J’entends, je vois, je comprends. Un peu d’explication, beaucoup de mauvaise foi, et pas particulièrement de solutions. Rien dans lequel je me retrouve. En fait, ça me donne l’impression de tourner en rond dans un bocal. Un bocal au milieu de la mer, par exemple. Qu’il suffirait de nager un petit peu vers le haut, pour prendre un chouilla de recul et, et…. oh putain!!!! le monde ne s’arrête pas aux parois du bocal! Découverte terrifiante ou excitante, ça dépend du caractère.

Parce que bon, il y a le reste, quoi. Le « reste ». Tout ce qui ne concerne ni la France, ni la politique, ni le journalisme, ni les réseaux sociaux vu par et pour les réseaux sociaux. Trois fois rien, quoi.

Et dans ce trois fois rien, de clic en clic, de tweet en tweet, de lien en lien, je vais de plus en plus loin, de plus en plus profond, de plus en plus passionnant. Je découvre des terres inexplorés, je me bouscule dans mes propres croyances, je défais l’après midi une théorie montée le matin.

Il y a ces poètes, ces artistes, qui ne veulent rien d’autre que faire du beau, du dérangeant ou de l’inutile avec leurs mots, avec leurs doigts, avec leur corps (mais est-ce si inutile?). Il y a ces chercheurs, tout ce savoir, toutes ces connaissances, toutes ces découvertes. Il y a toutes ces vies, ailleurs, bien plus dans la merde, bien plus pauvres de rond, bien plus riches de sens. Il y a tous ces gens qui se battent et qui crèvent pour leurs idées, ou la liberté de leurs gosses. Tous les jours. Il y a tous ces cerveaux, toutes ces envies, toute cette soif de changement, tout ce qui pousse, tend vers un monde meilleur. Petit aparté. Oui j’ai écrit « monde meilleur ». Venez pas me faire chier avec vos bisounours. On décide d’être con, mesquin et fermé, ou pas, et gentillesse et ouverture ne sont pas naïveté et utopie. Je ne vois pas comment vivre correctement dans ce monde sans faire a minima l’effort d’essayer de le comprendre. Ou au moins de l’appréhender dans sa globalité, tout d’abord.

Et plus j’ingurgite, plus je découvre, et plus je……..m’expand. Ce verbe n’existe pas. Et pourtant lui seul décrit correctement ce sentiment d’élargissement de mes perceptions, car ce n’est pas autre chose. C’est l’expansion. Et il n’y a pas de verbe pour expansion, les synonymes étendre, épandre, étoffer amputent trop sa signification.

Je me sens comme un organisme qui absorbe tous les éléments qu’il croise, les digère après coup et hop en devient plus large, toutes ces bribes, tous ces fils, tous ces savoirs viennent me nourrir, se connectent sur le coup, ou après coup, et élargissent de façon incroyable le champ de mes perceptions. Pas de saturation, juste à chaque mot, à chaque personne découverte, je me sens plus large. Incroyable. Grisant. Chaque jour transforme ma vision du monde et modifie mon interaction avec lui.

Parmi mes plus génialissimes découvertes, il y a ce site : TED, ideas worth spreading, bourré de conférences plus passionnantes les unes que les autres sur des sujets aussi variés que la vulnérabilité, les dernières avancées en terme de traitement du cancer, l’éducation des enfants…et ô miracle, traduits pour la plupart en une quarantaine de langues.

Purée, je suis née le bon siècle. Etancher sa soif de compréhension et de connaissance en instantané. En flux continu. Absorber. Et écrire. Finalement, je me rapproche bien plus de ce pour quoi je suis faite, de ce que je suis, dans cet ennui terrible qui n’en est plus. Je me connecte. Je reçois. Je vivrais demain. Quand je serai libérée de devant mon écran de savoir.

Je vous laisse avec un des témoignages les plus poignants et passionnants à mon sens que j’ai pu trouver (oui, oui, la dame tient un cerveau dans ses mains). J’ai été très bousculée. Elle est bouleversée, et bouleversante. Je n’ai pas encore cherché ce qui a provoqué et changé en moi, et d’ailleurs je ne sais pas si je le ferai. J’ai découvert que parfois, être en simple résonance avec une idée et la laisser faire son chemin sans chercher à la décortiquer, aide finalement à mieux l’intégrer qu’en la disséquant.

(Si la vidéo veut pas s’afficher, ça arrive, apparemment, vous la retrouverez ici )