NYC #1

NY

Sans filtre.

D’abord c’est la couleur.

New York en cette fin Mars est ocre. D’abord jaune. Des herbes rases, pailleuses, mortes de froid, abîmées par la glace. Des couleurs de montagne en hiver, lorsque la neige fond pour révéler la terre endormie.

Et puis, le jaune glisse lentement vers le rouge. Terre, fumées de cheminées d’entrepôts, d’usines, ciel de neige, murs de briques. Révolution industrielle, rien n’a bougé. Fer, acier, briques rouges.

Ici, au bout du monde, on vit dans le bleu, dans le vert, même le gris est lumineux. Il ne fait jamais assez froid ou assez chaud pour cramer le vert. Alors, fatalement, il faut un temps d’adaptation pour vivre dans le sepia.

Pas si long, en fait.

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Le cerveau de bouddha #1

C’était un bouquin, dans le tas des nouveautés du mois à la bibliothèque. Le titre accroche, et puis je vois « Préface de Christophe André », tiens, ça continue plutôt bien, et sous-titre somme toute assez surprenant : « Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences ».

Dans la même lignée, l’année dernière, j’avais lu « Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen. Ce livre explique scientifiquement quels mécanismes du cerveau l’éducation bienveillante (ou pas ) active (ou pas), et quelles peuvent être les conséquences sur la construction biologique et psychologique de l’enfant. Un peu répétitif, ce qui est fort dommage parce que le fond est juste passionnant.

Ce livre-ci va plus loin.

Il tente de connecter d’une part neurobiologie et psychologie mais également de relier ces deux disciplines avec un certain nombre de préceptes et enseignements bouddhistes.

Ce livre fait particulièrement écho à ce que je suis en train d’expérimenter de façon empirique. Comme tous les parents du monde, le fait de devenir parent a complètement (et continue constamment) de bouleverser mon approche au monde. Chaque jour apporte son lot de questionnements, de remises en question, de tâtonnements. Le travail sur les émotions est je pense incontournable, peu importe l’enfant, peu importe le parent… et qui dit travail sur les émotions des autres, dit forcément travail sur ses propres émotions. Et force est de constater que la méditation, la contemplation, le détachement de ses pensées, toutes ces techniques directement importées de l’enseignement bouddhiste entraînent réellement le cerveau à d’autres modes de fonctionnement, d’autres modes de fonctionnement plus adaptés, c’est à dire qui nous font moins souffrir et font moins souffrir les autres.

Je fais partie des gens qui ne sont pas fatalistes sur la capacité à l’être humain à changer, de façon individuelle, ou collective. Nous sommes les preuves vivantes, que d’une part, toute personne souhaite évoluer vers un meilleur elle-même, et d’autre part, que nous ne sommes pas les mêmes tout au long de notre vie, notre expérience nous forge.

Eh bien, biologiquement, cela est visible et se constate : quand l’esprit change, le cerveau change aussi. De nouvelles connexions neuronales se créent constamment.

Pour 100 milliards de neurones qui se déchargent ou non, le nombre de combinaisons possibles est approximativement de 10 puissance un million, c’est à dire 1 suivi d’un million de zéros : c’est le nombre d’états possibles de votre cerveau. En comparaison les atomes de l’univers sont estimés à « seulement » 10 puissance 80.

En apprenant à activer correctement certains états cérébraux, on peut tous modifier notre cerveau pour aller vers plus de paix intérieure, et de meilleures relations interpersonnelles.

Dans une autre vie, j’ai vécu ce qu’on appelle des crises d’angoisse, ou des attaques de panique. Florence Foresti décrit très bien le phénomène dans un de ses sketches : « à un moment, celui où tu t’y attends le moins, tu crois que tu vas crever. Tout simplement ». Ça bouffe le moral, le corps, ça empêche de vivre. Et si tu veux te sortir de là, tu n’as pas d’autre choix que désapprendre à ton cerveau ce qu’il croit savoir et de lui apprendre autre chose. C’est possible. J’y suis arrivée. C’est long, mais ça se fait. Je ne sais plus qui avait utilisé l’image d’une montagne de sable. On fait couler de l’eau depuis le haut de cette colline de sable. L’eau trace un chemin, et à force, le grave, et du coup, toute l’eau, toute la pluie qui tombe emprunte ce chemin. Il faut forcer l’eau à passer par un autre chemin. Mais les premières pluies suivantes, l’eau a envie de reprendre son premier chemin, parce qu’il est profondément gravé. Mais plus le temps passe, et moins il faut faire d’effort pour obliger l’eau à prendre l’alternative… jusqu’à ce qu’il devienne à son tour, le chemin gravé le plus profondément.

Je fais également partie de ceux qui croient que rien n’est inutile. Que chaque chose positive que l’on dépose en ce monde participe à le rendre meilleur. Nous avons tous la main pour faire quelque chose. Vous l’avez constaté cette semaine, 4 millions d’individus qui décident de se lever, eh bien c’est une foule. Alors ce livre c’est une bouffée d’oxygène doublée d’un guide pratique.

Le livre se décline en 4 parties : origines de la souffrance, bonheur, amour et sagesse. Je reviendrai plus tard vous causer de chaque chapitre, une fois que je les aurai digérés.

Mais elle est comment, l’eau?

Piscine de Kerhallet, Brest, Mercredi midi, 12h45.

Nager c’est bien. Ça vide la tête, le corps, ça lave… Le Mercredi midi c’est un peu le jour des vieux. Ils se retrouvent, ils pataugent, ils gloussent, ils flirtent, ils minaudent. Je leur donne pas moins de 70 ans. Des fois ils nagent drôlement bien aussi, je me dis que purée si je pouvais avoir la même énergie à leur âge, ça serait plutôt chouette.

Tic tac, il est l’heure de sortir du chlore. Je passe sous la douche. Je suis seule, mais bientôt plus. Leurs éclats de rire les précèdent, on dirait deux adolescentes. L’une d’entre elles me demande « elle est comment l’eau ? ». Le pire, c’est que je ne réfléchis même pas avant de répondre. « Un peu plus froide que d’habitude ». « Bin oui, c’est ce qu’on trouve aussi, ces derniers temps. J’ai eu froid moi la semaine dernière, dit l’une ». « Faudra leur dire hein, renchérit l’autre. Non, mais c’est important, faut leur dire.» Et puis elle re-pouffe. Elles ont leur petit rituel, leurs tongues, leur savon, leur rinçage, on frotte bien.

Je souris. Je finis de me rincer.

Au moment où je m’éloigne, un homme arrive dans l’espace douche de mes deux mamies. Ton péremptoire. « Ah non, les hommes c’est à côté. » Ton de la réponse légèrement pincé en retour. « Non, j’ai été demander au maître nageur, en fait il n’y a pas de douches ou de vestiaires réservé aux hommes. » Il avait donc visiblement déjà été exclu des douches numéro un, ce qui en soi est assez amusant, mais en plus, il avait été s’assurer de la véracité du truc. (Des gosses, je vous dis)

Je n’entends pas la fin de la conversation. Je souris encore. Une nageuse, croisée dans le couloir me rend mon sourire et me chuchote : « oh bin non, on est en 2014 quand même, y’a plus de douches réservées ».

Quand je me change, mes mamies squattent les cabines à côté des miennes, et j’entends la suite.

« Oh, ça ne me plait pas du tout, ça. Faudra leur dire. » « Moi, j’enlève mon maillot là bas, hein, je vais pas me mettre à poil devant le gars quand même ! » « Ah oui moi j’étais ahurie COMPLET ». (Oh punaise, cette construction de phrase à la bretonne, j’avais juste envie de rajouter « que c’est » à la fin.)

Y’a pas vraiment de chute à mon histoire. Des fois j’ai l’impression d’être déjà très vieille, des fois j’en reviens pas de l’âge que j’ai, des fois je me demande quelle genre de vieille je serai, mais plus j’avance dans la vie, et plus je m’aperçois que le gosse à l’intérieur, c’est toujours le même… et qu’adulte-trentenaire-quarantenaire, c’est juste une parenthèse où tu l’étouffes un peu.

Ou pas.

Face à la mer.

954834_10152865612428550_6024083790302139007_nJ’enfile mon manteau, je contourne le bâtiment, je prends le chemin, et j’y suis en une dizaine de minutes. En ce moment, c’est tous les midis. Question de survie. Ça n’est pas que je n’apprécie pas mes collègues. Non. C’est que je fais un boulot de con. Un boulot qui n’a pas de sens, un boulot qui me rappelle tous les jours à quel point on s’agite dans notre bocal, à quel point je ne fais pas ce que j’aime et ce que je sais bien faire et à quel point cela me prend tout mon temps et mon énergie.

Alors si en plus, je dois le midi prendre le risque de devoir débattre de la dernière émission télé à la mode ou pire, discuter faits de société avec quelques couleurs politiques qui finissent toujours par filtrer, constater à quel point nous restons tous à tourner en rond dans notre petit bocal, je me connais, je vais claquer la porte et aller prendre l’air. Mais là, tout de suite, ça n’est pas possible, je dois temporiser. Ne pas aller trop vite.

Je dois supporter cela quelques mois, quelques années encore.

Alors je claque la porte, et je vais prendre l’air… pour une heure.

10847869_10152865612423550_7820070339532052688_nQuelques secondes face à la mer, et on reprend sa place dans l’univers. Plop, plop, plop, tout est recentré, tout est ramené à l’essentiel, à commencer par nous-mêmes. Comme l’ostéopathe qui nous remet la colonne vertébrale d’équerre. Crac, crac, crac, alors, plutôt.

Quelques mouvements de danse, le visage offert au soleil d’hiver, le sable qui crisse sous les bottes, et toute cette lumière en pleine gueule. Y’a pas grand chose qui peut rivaliser. Les bons jours j’ai même le luxe de la grève pour moi seule… les autres, je la partage avec un ou deux pêcheurs à pied.

Des fois, je me demande quand même comment font ceux qui n’ont pas la mer à regarder en face pour ne pas se perdre, pour ne pas se diluer.

Indiana Jones (tintinlinliiiin…tintintin)

Le week end dernier, ma soeur a fêté ses 30 ans. Dans des gîtes, à 3 pneus du Menez Hom, au bout du monde, perdus, paumés. C’était réellement un week end d’anniversaire, ce qui implique que la fête commence le vendredi soir et finit le Dimanche soir.

Aucun parent n’aura de mal à imaginer la scène suivante :

Samedi, 16h , les adultes s’extirpent mollement du repas, avec la furieuse envie de faire une sieste, rapport à être en forme le soir (qui est quand même LE soir officiel de la fête, rappelons le) pour le toutouyoutou parce qu’on a plus 20 ans ma bonne dame. Là, le regard se pose sur les enfants. Argl. Cas de conscience. Ils ne sont donc pas sortis depuis presque 24 heures, warning, ils attaquent leur 15è partie d’affilée de DS, le petit qui vient de finir sa sieste, lui (salop d’enfant!) et il pète la forme, lui… on se regarde, et on se dit … mmm.

« Faudrait ptet les sortir quand même, non? » Léger flottement, le temps de mesurer les conséquences. La nuit va tomber dans une heure, il fait froid, il pluviote, et les possibilités à pied sont assez limitées (oui, pour rappel, on sort de table).

Et là, béni soit-il, un des invités nous présente un truc trop bien qui va devenir notre meilleur ami/appât/prétexte pour toutes les sorties à venir : le GEOCACHING.

(Je vous l’accorde, ça a beau bien porter bien son nom, on se demande quand même un petit peu c’est quoi qu’est ce donc. Donc, j’explique : )

Le geocaching, je me demande si ça a pas plus emballé Jules et moi que les enfants :)… non, les enfants aussi, définitivement. Commencer une phrase par : on va aller à la recherche d’un trésor, tu gagnes 1000 points de sympathie. En fait, tout partout dans le monde, en France, même dans ton petit bled tout perdu, tout partout je te dis (puisqu’il y en avait une à portée de pied de notre gîte, hein…), il y a des mini-trésors cachés. Ils sont indiqués par localisation GPS, sur le site geocaching.

Les mini trésors s’appellent des « caches ».

Il y en a des super faciles à trouver, des où tu dois randonner 1h, l’atteindre en kayak… il y a en a des avec juste un bout de papier dedans, où tu ajoutes ton nom à la suite des précédents trouveurs, et tu gagnes la satisfaction d’avoir trouvé (c’était le cas de notre première cache, donc) et il y en a des avec des petits objets. Et dans ce cas, tu prends un objet et tu y places un autre.

Il y en a des à la suite, la première te file l’indice pour trouver la suivante, il y en a des avec des énigmes pour t’aider à deviner la cache.

Quand t’as trouvé, tu mets sur ton profil de geocacheur que tu l’as trouvé (nous on s’appelle kerbiloute, team familiale, si tu nous cherches) et tu deviens collectionneur de caches.

Et puis quand tu veux plus te sentir gardien des cités d’or qu’indiana jones, bin tu peux toi même créer ta propre cache.

Hop, 3/4 d’ heure de temps, les enfants ont couru, ne se sont pas disputés, on a pris l’air, et accompli notre devoir parental en ne laissant pas les enfants pendant 12h d’affilée devant leur écran.

Alors, le geocaching, est-ce que ça n’est pas incroyablement inutile et génial?

 

[Un mois, un livre] Orgueil et préjugés

Hem. J’éprouve un fond de honte en démarrant ce billet, mais après tout, ne boudons pas notre plaisir.

J’ai lu, non, j’ai dévoré « Orgueils et préjugés », comme je me gavais il y a quelques années de sagas sur M6, développant avec moults rebondissements la vie tumultueuse et amoureuse d’héroïnes diverses, rousses et anglaises pour la plupart, toute raides, drapées dans leur fierté. Fierté qui les empêchait bien évidemment de reconnaître l’amour quand il frappait à leur porte. Alors que nous, spectateurs (ok, spectatrices only) on savait très bien que le grand échalas maladroit, là, qui déboulait à la 15ème minute, c’était l’homme de leur vie.

Voilà, j’ai eu 14 ans le temps d’un livre, mais raaaa que c’était bon, que ça sentait bon l’aristo gentleman farmer brittanique tout en bottes, cravache et cheveux crantés.

J’allais dire que j’avais superposé aux héros les visages de Hugh Grant et Colin Firth tout au long de ma lecture… et visiblement ce dernier a joué dans l’adaptation cinématographique. Comme quoi.

C’est bon, la honte.

(C’est aussi simplement très bien écrit, et l’occasion de découvrir un regard particulièrement aiguisé sur les travers de son époque, mais, avouons-le, c’est tout à fait secondaire face à l’intrigue sentimentale.)

[Un mois, un livre] Le voyage d’Anna Blume, de Paul Auster

Oooh. Voilà exactement ce que j’attendais de ma sélection. Un OVNI. Qui que tu sois qui me l’aies recommandé, je te remercie infiniment.

Happée dès les premières pages, frustrée par la fin, ce livre de fin du monde sans l’ambiance fin du monde, lourdingue et grise-jaunâtre, qu’on nous sert habituellement dans ce registre, s’est laissé lire en quelques heures.

Enfin, je dis fin du monde. Fin d’humanité. S’pas tout à fait pareil.

Intrigant, mystérieux, fascinant, remarquablement écrit, on suit Anna, Anna c’est nous. Ça remue, ça file même pas la gerbe alors que ça devrait, c’est magnifiquement humain alors que ça raconte une ville, une société déshumanisées.

Le voyage d’Anna Blume fait partie de ces livres qui laissent des parts d’ombre, des points de suspension, des interprétations. Je dois dire qu’habituellement ça m’agace, je ne suis pas fan de la fin en eau de boudin, je m’imagine que la personne qui a écrit n’avait plus d’idées et s’est dit « eh bin ils se démerderont avec ça, à eux de remplir les trous ».

Mais là… eh bien là, l’ellipse va bien, l’eau de boudin est buvable. Promis.