XII Orphelins

Je me suis retenue d’ajouter à ce titre : virgule, du rock fort. Parce que cette blague est une blague de père, et que vraiment c’est pas possible. (Tu sais, les blagues dont tu as honte, mais qui sortent naturellement de ta bouche tellement elles sont ancrées dans ton inconscient, ton conscient et ton héritage génétique.)

Parce que Samedi soir, on est allés à un concert de rock, avec Jules.

Au milieu de la presqu’île de Plougastel. Oui, parce qu’au milieu de la presqu’île de Plougastel, à Keralcun, il y a des fraises, certes, mais aussi un bar qui fait café concert. Tiens, d’ailleurs, le saoulôt de base du bar du milieu de la presqu’île de Plougastel, pour accompagner son ballon de rouge qui tâche ou son demi, bin il picore des fraises en barquette. Posée sur le zinc. Promis, j’invente rien.

Pour que tu mesures le degré d’improbabilité du lieu, je te montre (pour rappel plus c’est gris plus c’est la ville, plus c’est vert, plus c’est des arbres ou assimilés) :

Keralcun

Voilà, le décor est planté.

On est allés à ce concert, parce que le bassiste, Bertrand, est un ami. (oui, parce que j’avais écrit guitariste : « Mais n’importe quoi on dit pas une guitare, on dit une basse, quand c’est une basse _ Oui mais c’est quand même une guitare, non ? _ Oh ta gueule t’es chiante, de toute façon t’y connais rien.. ».)

Alors, pas un ami de 20 ans, un ami un peu neuf. De ceux dont tu apprécies les résonances, avec qui tu ris peu importe le nombre de verres, dont les enfants t’appellent par ton prénom… mais avec qui t’as pas de lointain passé sulfureux. Pas de ceux qui t’ont vu boutonneux(se), draguer péniblement à l’adolescence, pas de ceux qui t’ont connu avec toutes les longueurs/couleurs de cheveux, de barbe (raaa, ça va, je ne parle pas pour moi), pas de ceux avec qui tu es monté à 8 dans une voiture, et perdu en tentant de rejoindre une fête improbable ou un plan pourri quelconque comme on en rencontre qu’ »avant » (les enfants, la trentaine, remplace par le mot qui va bien), pas de ceux sur l’épaule de qui tu as pleuré tes premières amours et qui savent qu’avant tu voulais être astronaute ou avocat en droit international (si, c’est possible, parce que moi à un moment, je voulais vraiment être avocate en droit international).

C’est pas grave hein, tout le monde peut pas être un ami de 20 ans.

Mais du coup, on l’a découvert, ce Bertrand bassiste. Lui, et son groupe. Ou plutôt, lui, dans son groupe. Parce qu’il y a une vraie alchimie entre tous ceux là. Ca se mélange, ça se déteint, ça se colore, ça se laisse la place, je ne sais pas trop comment ça se passe à vrai dire, mais ça fonctionne. Et ça fonctionne bien. C’est fin, c’est parfois drôle, parfois improbable,  ça oublie pas d’être un peu du rock de bonhomme de temps en temps parce que faut pas déconner, bordel de cul. En fait, j’écris ça, et je me dis que ça lui ressemble quand même pas mal, à Bertrand.

XII

Oh, le beau logo.

Tu noteras, XII Orphelins, c’est un nom rigolo et plutôt classieux, avec un logo rigolo, et bien propic.

Bon, après, le pourquoi du nom, (et pourtant tu sais que je suis pas bégueule et que je ne crache pas sur une petite base de provocation), est beaucoup trop abominable pour la mère de famille que je suis pour être raconté sans faire de cauchemars (XII Orphelins, Le Nom Qui Ne Peut Etre Expliqué, un peu comme la fricadelle, tiens).

Comme ça va attiser ta curiosité, je te connais bien, tu vois, t’auras qu’à aller leur poser la question directement ou te balader sur leur tumblr…Clique ou leur page facebook re-clique.

Si tu veux écouter quéqu-zuns des morceaux de notre soirée, voici ma sélection : le combo ukulele-violon de « Marie », pour voyager, (pis bon le violon , quand t’aimes danser le tzigane, ça cause toujours hein…) et les supra- efficaces « Backtoub » et « Saint Brieuc », parce que c’est bon d’être chauvin de la Bretagne et de toute façon on y peut rien.

(Pourtant… rappelle moi de te parler de Saint Brieuc un jour, j’y suis née, je m’y suis mariée, et je ne m’y suis jamais sentie chez moi… une ville étrangère, c’te ville, sans âme, tellement rien à voir avec Brest…Bref ! )

Voilà, c’était trop foufou, un concert de rock en semaine, mais qu’est ce qui nous arrive, Jules ? C’était chouette, j’ai mangé des fraises, des frites, à un moment les deux en même temps, ce qui est bien mais pas top, j’ai roulé de nuit dans le trou du cul du monde dans une Twingo, ça m’a rappelé ma folle jeunesse.

Alors merci XII Orphelins !

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Matins.

Le matin, je prends la voiture pour aller travailler. Directement de la maison ou après avoir déposé les enfants à l’école, j’ai une grosse vingtaine de minutes à moi seule. Rien qu’à moi. Un petit moment de grâce,  une respiration suspendue.

Il y a les matins radio, où je ne me déconnecte pas du monde extérieur,  j’attrape une bribe d’émission ou deux, un début de débat, des moitiés d’infos. Je zappe, jusqu’à ce ça m’interpelle, peu importe la station. Des fois, ça me passionne et je ne décroche pas. D’autres fois, mon esprit s’accroche à une phrase, à une pensée, comme à un clou. Ou un souvenir jaillit à la faveur d’un mot et me projette à plusieurs années de ma route.

Il y a les matins musique. En acoustique, de préférence.  La guitare  se prête bien au road trip, elle me scotche au bitume, youhouuu, route 66. Même si le road trip, c’est le matin pour aller bosser, Plouarzel-Milizac, youhouuu quand même.

Ou le piano. Le piano,  c’est céleste, alors ça élève, forcément. Au dessus des voitures, au dessus des voisins, au dessus des hommes. Le piano, c’est le pur, l’absolu. On le devine, on l’effleure une fraction de seconde, on essuie une larme, avant de retourner à l’imperfection de nos vies.

Il y a les voix, aussi. Je les aime éraillées, abîmées, même pas toujours justes. Du moment qu’elles m’emmènent quelquepart.

Et puis, plus rares, il y a les matins silence. Ceux où le tumulte intérieur rend insupportable l’idée d’y ajouter un seul bruit. Ou, à l’inverse, ceux qui sont si parfaits qu’ils n’appellent aucune adjonction.

Chuuuut.

La petite fille de la mer

Quelquepart entre Trémazan et Penfoul (29), un jour de tempête, 2007

« La petite fille de la mer » est le premier morceau de l’album « l’Apocalypse des Animaux » de Vangelis, sorti en 1973.  La nostalgie et la douceur qui s’en dégagent en font sans conteste un pur joyau parmi les foisonnantes productions musicales de la période New Age.

Cette chanson est emblématique de mon enfance. Gamine, je me passais et repassais la cassette, rembobinant avec impatience (geste d’une autre époque, déjà!) jusqu’au début de la chanson dès les dernières notes de piano envolées.

Elle n’est jamais très loin de moi, la petite fille de la mer. Elle est l’enfant en moi.

Et face aux couleurs de la côte sauvage de la Fine-Terre, fouettée par les vents, battue par les vagues, elle bat des mains, ravie, et me rappelle de profiter chaque jour du luxe incroyable d’habiter le bout du monde.